Commission tripartite du secteur santé : le gouvernement gabonais face aux attentes pressantes des personnels de santé

Après plusieurs jours de travaux intenses, de débats parfois houleux mais jugés constructifs par l’ensemble des parties prenantes, la commission tripartite réunissant les ministères de la Santé, de la Fonction publique et du Renforcement des capacités, ainsi que de l’Économie et des Finances, a rendu publiques ses conclusions à Libreville. Tenues du 18 au 28 mai 2026, au Centre hospitalier universitaire de Libreville (CHUL), ces assises avaient pour objectif principal d’examiner les préoccupations des personnels de santé, contenues dans le cahier des charges transmis par les partenaires sociaux, et d’apporter des réponses concrètes aux nombreuses situations administratives et sociales en souffrance depuis plusieurs années. Cette rencontre s’inscrivait dans le cadre des orientations données par le président de la République, chef de l’État et chef du gouvernement, Brice Clotaire Oligui Nguema, qui a fait de l’amélioration du climat social et de la modernisation de l’administration publique un axe prioritaire de son action.

La cérémonie de clôture des travaux a été marquée par plusieurs interventions officielles, notamment celle de Ben Landry Biyendzi, directeur central des ressources humaines (DCRH) du ministère de la Santé et rapporteur général des travaux de la commission. Face aux représentants des administrations concernées, des syndicats, des partenaires sociaux et des experts mobilisés pour ces assises, il a présenté un compte rendu détaillé des différentes conclusions arrêtées par les commissions techniques mises en place.
Selon lui, les travaux se sont déroulés dans « un climat de responsabilité, de dialogue constructif et de forte volonté commune d’améliorer les conditions de travail des agents du secteur santé ». Afin d’examiner efficacement les différentes préoccupations, la commission tripartite avait été subdivisée en plusieurs sous-commissions spécialisées portant notamment sur : les situations administratives et financières ; le cadre juridique et réglementaire ; les conditions de vie et de travail des personnels de santé.

Les situations administratives au cœur des préoccupations

Parmi les dossiers ayant suscité le plus d’attention figurent les intégrations, titularisations, avancements automatiques, reclassements après stage et mises en solde. Le rapport général présenté par Ben Landry Biyendzi révèle l’ampleur des difficultés auxquelles sont confrontés les agents du secteur santé. La commission a notamment recommandé le traitement diligent des dossiers d’intégration avant le 31 décembre 2026. Les engagements administratifs concernés toucheraient plusieurs milliers d’agents à travers le pays.
Concernant les avancements automatiques et les confirmations, les membres de la commission ont demandé une accélération du traitement des dossiers ainsi que leur transmission rapide aux services compétents de la solde. Les reclassements après stage ont également occupé une place importante dans les discussions. Pour les stages réguliers, la commission recommande une accélération des procédures administratives. Pour les stages jugés irréguliers, il a été proposé d’appliquer les orientations du chef de l’État afin de trouver des solutions adaptées aux situations des agents concernés. Les travaux ont aussi porté sur les radiations administratives, les dossiers des agents décédés, ainsi que les situations des diplômés exerçant encore sous le régime de la main-d’œuvre non permanente.

L’un des sujets les plus sensibles abordés durant ces assises reste celui des pré-salariés et des bénévoles du secteur santé. La commission a souligné la nécessité de prévoir des postes budgétaires à partir de l’exercice 2027 afin de permettre l’intégration progressive de plusieurs centaines d’agents exerçant depuis des années sans véritable statut administratif stable. Pour les participants, cette situation ne peut plus perdurer dans un secteur aussi stratégique que la santé publique. Les bénévoles et les membres du collectif des chômeurs gabonais ont également vu leurs dossiers examinés. Une commission restreinte devrait poursuivre l’étude des cas validés selon les besoins réels du ministère de la Santé. Les responsables syndicaux ont insisté sur l’urgence de trouver des solutions durables à ces situations souvent dénoncées comme une source de précarité sociale pour les agents concernés.

Réformes juridiques et modernisation du secteur santé

Au-delà des questions administratives, les travaux ont permis d’aborder les insuffisances du cadre juridique actuel régissant les personnels du secteur santé.
La commission a notamment recommandé la réécriture du statut particulier des fonctionnaires du secteur santé afin de l’adapter aux nouvelles réalités professionnelles et à l’évolution des métiers de la santé. L’intégration des nouveaux corps de métiers reconnus par les récentes réformes sanitaires a également été évoquée. Les participants ont aussi proposé une clarification des textes relatifs aux primes de servitude et aux risques sanitaires. À ce sujet, il a été recommandé l’élaboration d’un nouveau décret définissant clairement les modalités d’attribution de ces primes aux personnels de santé.
La question de la main-d’œuvre non permanente a également été examinée. Plusieurs recommandations ont été formulées en vue de permettre l’intégration progressive des agents remplissant les conditions requises, tout en respectant les contraintes juridiques et budgétaires de l’État.

Les conditions de vie et de travail des personnels de santé ont constitué un autre volet majeur des discussions. Les participants ont dressé un constat préoccupant des difficultés rencontrées par les agents affectés aussi bien dans les centres hospitaliers urbains que dans les structures sanitaires de l’intérieur du pays.
Parmi les recommandations formulées figurent : la revalorisation de la prime de logement ; la construction de logements d’astreinte ; la création d’hôtels de garde pour les résidents ; la facilitation de l’accès au logement pour les agents de santé ; l’amélioration des conditions de transport des personnels affectés à l’intérieur du pays.
La question de la sécurité des agents exerçant dans les hôpitaux a également été soulevée. La commission a demandé un respect strict des franchises hospitalières ainsi qu’une meilleure protection des personnels de santé face aux violences et agressions enregistrées dans certains établissements sanitaires. Les participants ont en outre recommandé la mise en place d’une carte spéciale de santé destinée aux personnels retraités afin de faciliter leur accès aux soins.

Laurence Ndong appelle à des réformes responsables

Prenant la parole lors de la clôture officielle des travaux, la ministre de la Fonction publique et du Renforcement des capacités, Laurence Ndong, a salué l’esprit de dialogue ayant prévalu tout au long des échanges. Dans une allocution empreinte de fermeté et de réalisme, elle a rappelé l’importance stratégique du secteur santé dans le fonctionnement de l’État. « Le personnel de santé travaille dans l’urgence, dans le sacrifice et dans une pression permanente. Il accompagne la vie, combat la maladie et fait face quotidiennement à la souffrance humaine », a-t-elle déclaré. Pour la ministre, l’État a le devoir d’offrir aux agents publics un environnement administratif, juridique et social plus juste et plus protecteur.
Elle s’est particulièrement réjouie des avancées enregistrées concernant la révision du statut particulier des fonctionnaires du secteur santé, ainsi que des réflexions menées autour des primes de servitude et des risques sanitaires.
Toutefois, Laurence Ndong a tenu à rappeler que la résolution des situations administratives devra se faire dans le respect des textes en vigueur et des équilibres budgétaires. « Nous ne pouvons pas construire une administration forte sur des violations de la loi », a-t-elle insisté. La ministre a également indiqué que les textes fondamentaux régissant actuellement la fonction publique font l’objet d’une réflexion approfondie afin de les adapter aux réalités actuelles de l’administration gabonaise.

Le ministre de la Santé, Pr Elsa Joséphine Nkana Ayo épouse Bivigou, a pour sa part souligné que cette commission tripartite traduit la volonté des plus hautes autorités de promouvoir un dialogue social responsable et durable. Elle a salué l’implication des experts, des administrations et des partenaires sociaux qui ont participé aux travaux. « Les conclusions issues de cette commission constituent une avancée significative dans la recherche de solutions concrètes et réalistes aux préoccupations exprimées par les personnels de santé », a-t-elle affirmé. Le membre du gouvernement a assuré que les recommandations formulées feront l’objet d’un examen attentif en vue d’une mise en œuvre progressive conformément aux orientations du chef de l’État. Elle a également estimé que ces travaux ouvrent une nouvelle page dans l’histoire du système de santé gabonais.

Les syndicats entre satisfaction et prudence

Au terme de la cérémonie, la présidente élue du Syndicat Urgence Santé (SUS), Marie Blanche Ntolo Esso, a livré ses impressions à la presse. Tout en remerciant les plus hautes autorités de la République pour l’organisation de cette commission, elle a reconnu que plusieurs préoccupations des agents ont été prises en compte dans les recommandations formulées. Elle a notamment évoqué les questions liées aux reclassements, titularisations, avancements, intégrations et amélioration des conditions sociales des personnels de santé.
Cependant, la responsable syndicale a préféré rester prudente. « Nous avons fait des propositions et des recommandations. Maintenant, nous attendons les résolutions du gouvernement pour voir concrètement ce qui sera mis en œuvre », a-t-elle déclaré.

À travers cette commission tripartite, le gouvernement gabonais tente manifestement de répondre à la crise persistante qui touche le secteur santé depuis plusieurs années. Les personnels de santé attendent désormais des actes concrets, notamment en matière de régularisation administrative, de traitement salarial et d’amélioration des conditions de travail.
Pour beaucoup d’observateurs, la réussite des réformes annoncées dépendra désormais de la capacité des autorités à transformer les recommandations formulées en mesures effectives capables d’améliorer durablement le fonctionnement du système de santé national. La mise en place annoncée d’un comité de suivi chargé d’évaluer l’exécution des recommandations devrait permettre de maintenir le dialogue entre les administrations et les partenaires sociaux. En attendant, les agents du secteur santé espèrent que cette commission marquera véritablement le début d’une nouvelle ère pour la santé publique gabonaise.

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