Une nouvelle page s’ouvre pour l’Ordre national des médecins du Gabon. Réunis en Assemblée générale extraordinaire élective le samedi 30 mai 2026, à l’immeuble Arambo, à Libreville, les médecins gabonais ont porté leur choix sur le Dr Maël Ndao Eteno pour présider désormais aux destinées de cette institution essentielle à l’organisation et à la régulation de la profession médicale dans le pays. Cette élection, qui a mobilisé un nombre important de praticiens venus de différentes structures sanitaires publiques et privées, marque la fin d’un long cycle de gouvernance conduit par le Dr Emmanuel Ogandaga, figure emblématique de l’Ordre national des médecins, après près d’un quart de siècle à sa tête. Au-delà du simple renouvellement des instances dirigeantes, ce scrutin a été perçu par de nombreux observateurs comme un moment charnière dans l’histoire de la corporation médicale gabonaise. La campagne électorale, particulièrement animée, a suscité un intérêt rarement observé au sein de la profession.
Dès l’annonce de sa victoire, le Dr Maël Ndao Eteno n’a pas caché sa satisfaction tout en soulignant le caractère exceptionnel de cette consultation électorale. Selon lui, jamais une campagne électorale organisée au sein de l’Ordre des médecins n’avait suscité un tel niveau de mobilisation depuis la création de l’institution. « Pour ceux qui ont suivi cette campagne, elle restera certainement dans les annales de notre corporation. En cinquante ans d’existence de l’Ordre, je pense sincèrement que c’est la campagne qui a suscité le plus d’engouement et de participation. Cela démontre l’intérêt que les médecins portent désormais à leur institution et à son avenir », a-t-il déclaré.
Le nouveau président a reconnu que cette forte mobilisation avait parfois engendré des tensions et des débats passionnés. Toutefois, il s’est félicité du sens des responsabilités dont ont fait preuve les différents acteurs impliqués dans le processus électoral. « Lorsqu’un vent de renouveau souffle sur une organisation, il est normal que certaines turbulences apparaissent. Mais les médecins ont démontré leur maturité. Chacun a pu s’exprimer librement, défendre sa vision et ses propositions. Au final, c’est la démocratie qui l’a emporté et j’ai eu l’honneur de bénéficier de la confiance de la majorité de mes confrères », a-t-il ajouté. Le président élu a également salué l’accompagnement du bureau sortant ainsi que le rôle joué par les autorités sanitaires dans l’organisation et la sécurisation du processus électoral.
Les réformes institutionnelles au cœur du mandat
À peine élu, le Dr Maël Ndao Eteno a esquissé les grandes lignes des priorités qui guideront son action à la tête de l’Ordre national des médecins. Parmi les principaux défis identifiés figure la nécessité de moderniser le cadre réglementaire qui encadre la profession. Selon lui, plusieurs textes régissant actuellement le fonctionnement de l’institution ne sont plus adaptés aux réalités contemporaines de l’exercice médical. « L’un des constats majeurs est l’obsolescence de certains textes. Le monde de la santé évolue rapidement et notre cadre juridique doit être capable de répondre aux nouveaux défis. Nous allons donc travailler à la refondation du cadre légal de notre institution afin de lui donner davantage d’efficacité et de crédibilité », a-t-il expliqué.
Le nouveau président entend également procéder à un examen approfondi des dossiers en cours afin d’assurer une transition harmonieuse avec l’équipe sortante. Il a par ailleurs annoncé sa volonté d’adopter une démarche inclusive en associant l’ensemble des sensibilités de la corporation aux futures réformes. « Plusieurs candidats étaient en compétition avec des projets parfois différents mais souvent complémentaires. Nous ne voulons exclure personne. Nous allons analyser toutes les propositions pertinentes et les intégrer dans une vision commune. Notre ambition est de construire un programme fédérateur qui serve l’intérêt supérieur de tous les médecins du Gabon », a-t-il indiqué. Cette approche consensuelle vise à renforcer la cohésion au sein d’une profession confrontée à de nombreux défis liés à l’amélioration des conditions d’exercice, à la qualité des soins et au respect des règles déontologiques.
Moment particulièrement chargé d’émotion lors de cette assemblée générale a été l’intervention du président sortant, le Dr Emmanuel Ogandaga. Après vingt-cinq années passées à la tête de l’Ordre national des médecins, celui-ci a dressé un bilan qu’il considère comme largement positif.
Sans prétendre résumer un quart de siècle de gestion en quelques minutes, il a rappelé les transformations profondes opérées sous sa direction. « Lorsque j’ai pris la présidence de l’Ordre, l’institution était pratiquement inexistante. J’ai hérité d’un simple carton contenant des dossiers. Aujourd’hui, je laisse une organisation structurée, dotée d’une adresse physique, d’une administration fonctionnelle et d’outils de gestion modernes », a-t-il affirmé. Le président sortant a également mis en avant la solidité financière acquise par l’institution ainsi que le renforcement progressif de ses capacités administratives. Sur le plan international, il a rappelé l’implication du Gabon dans la mise en place de la Conférence francophone des ordres des médecins (CFOEM), une organisation regroupant vingt-sept pays de l’espace francophone.
« Le Gabon a joué un rôle majeur dans la création de cette organisation. Aux côtés de la France, du Maroc et du Mali, nous avons participé à la rédaction des statuts fondateurs. C’est une fierté pour notre pays et pour notre corporation », a-t-il souligné.
Le Dr Ogandaga a également évoqué les progrès enregistrés dans la gestion des inscriptions à l’Ordre, avec plus de 2 000 dossiers traités durant son mandat. Pour illustrer son sentiment du devoir accompli, il a utilisé une image symbolique qui a retenu l’attention de l’assistance. « J’ai trouvé les fondations à construire. Aujourd’hui, les fondations existent. Le bâtiment est debout. Il appartient désormais à la nouvelle équipe d’en améliorer l’apparence, de le moderniser et de poursuivre son développement », a-t-il déclaré sous les applaudissements des participants.
Le ministère de la Santé satisfait du déroulement du scrutin
Présent en qualité d’observateur au nom du gouvernement, le secrétaire général du ministère de la Santé, Alain Serge Rotimbo, a exprimé sa satisfaction à l’issue du processus électoral. Il a rappelé que les semaines précédant le scrutin avaient été marquées par certaines tensions, ce qui avait nécessité l’implication de la tutelle afin de préserver un climat favorable au dialogue. « Nous sortons de cette élection avec un sentiment de satisfaction. Les orientations données par Madame le ministre de la Santé ont permis de créer les conditions d’un scrutin serein et transparent. Les élections se sont déroulées dans le calme et dans le respect des règles établies », a-t-il déclaré. Le représentant du ministère a insisté sur le rôle fondamental que joue l’Ordre national des médecins dans le fonctionnement du système sanitaire gabonais. « L’Ordre des médecins est une institution stratégique. Son action contribue directement à l’amélioration de la qualité des soins, à l’encadrement de la profession et à la protection des patients. Le ministère continuera à travailler en étroite collaboration avec cette institution, comme il l’a toujours fait », a-t-il assuré. Rendant hommage au président sortant, Alain Serge Rotimbo a salué le travail accompli par le Dr Emmanuel Ogandaga pendant ses vingt-cinq années de mandat. « Il faut reconnaître le travail considérable qui a été réalisé. L’Ordre a connu une évolution remarquable au cours de ces dernières décennies. Nous adressons nos félicitations au président sortant pour son engagement et sa contribution au développement de la profession médicale », a-t-il déclaré.
Avec l’élection du Dr Maël Ndao Eteno et de son équipe, l’Ordre national des médecins du Gabon amorce une nouvelle étape de son histoire. Les attentes sont nombreuses au sein de la communauté médicale, notamment en matière de gouvernance, de modernisation des textes, de renforcement de la déontologie et d’amélioration du dialogue entre les différents acteurs du secteur de la santé. Le nouveau bureau hérite d’une institution consolidée au fil des années, mais confrontée à des défis majeurs liés aux mutations du système sanitaire, à l’évolution des pratiques médicales et aux exigences croissantes des populations en matière de qualité des soins.
Entre continuité et renouveau, le mandat qui s’ouvre devra répondre à ces enjeux tout en préservant les acquis d’une institution qui demeure l’un des piliers de la régulation de la profession médicale au Gabon.
L’élection du 30 mai 2026, restera ainsi comme un moment marquant dans la vie de l’Ordre national des médecins, symbole d’une corporation déterminée à écrire une nouvelle page de son histoire dans l’unité, la responsabilité et le respect des valeurs qui fondent l’exercice de la médecine.