À quelques semaines des élections professionnelles dans le secteur de l’éducation, les lignes bougent au sein du paysage syndical gabonais. Parmi les nouvelles forces en présence, SOS Éducation entend s’imposer comme un acteur incontournable. Lors rencontre avec sa base à l’école publique de Dragage, dans le 6e arrondissement de Libreville, son coordinateur général de campagne, Petruany Mohamed Mbila, revient en détail sur la stratégie, les motivations et les ambitions de cette organisation encore récente, mais déjà très active sur le terrain. Initialement, SOS Éducation prévoyait de lancer officiellement sa campagne dans des établissements scolaires à travers le pays. Toutefois, cette étape a été reportée.
En cause, un contexte jugé insuffisamment favorable à une compétition électorale équitable. « Nous avions prévu d’ouvrir la campagne dans les lieux de travail, notamment dans les établissements scolaires. Mais, en solidarité avec les autres syndicats engagés dans ce processus, nous avons décidé de suspendre cette ouverture », a expliqué le coordinateur général.
Selon lui, plusieurs conditions essentielles à l’organisation sereine des élections ne sont pas encore réunies. Sans entrer dans les détails, il évoque un environnement global qui ne garantit pas encore une compétition transparente et apaisée. Dès lors, SOS Éducation a préféré faire preuve de retenue, allant jusqu’à envisager un report pur et simple du lancement officiel de sa campagne.
Une présence maintenue sur le terrain
Malgré cette suspension, le syndicat n’est pas resté inactif. Bien au contraire. Des rencontres organisent avec les enseignants dans différents établissements, permettant de maintenir le lien avec la base. « Les collègues sont venus massivement sur les lieux initialement prévus pour la campagne. Nous en avons profité pour échanger avec eux, les entretenir sur notre vision et mener une campagne d’adhésion », a précisé Petruany Mohamed Mbila. Ces rassemblements pérennes ont ainsi pris une autre forme : moins politique dans leur apparence, mais tout aussi stratégiques. Ils ont permis à SOS Éducation de renforcer sa visibilité et de consolider son ancrage auprès des professionnels de l’enseignement, tout en évitant de rompre le consensus syndical. L’un des éléments clés de la rencontre de ce jour, concerne l’évolution même de SOS Éducation.
À l’origine, il ne s’agissait pas d’un syndicat, mais d’un collectif. Un collectif qui, selon son coordinateur, s’est illustré par sa capacité à « bousculer les lignes » au sein du système éducatif gabonais. « SOS Éducation s’est d’abord fait connaître comme un collectif engagé, qui a porté haut la voix des enseignants, notamment face à leurs conditions de vie et de travail », a-t-il rappelé.
C’est dans la perspective des élections professionnelles que le mouvement a décidé de franchir un cap en se constituant officiellement en organisation syndicale. Une mutation stratégique, destinée à lui permettre de participer pleinement au jeu institutionnel et de peser dans les instances de décision. « Au regard de la notoriété acquise et de l’adhésion croissante autour de notre démarche, nous avons estimé qu’il était nécessaire de nous structurer en syndicat. C’est ce qui justifie aujourd’hui notre candidature aux élections professionnelles », a-t-il ajouté.
Une jeune organisation qui revendique déjà une forte implantation
Créé il y a environ trois mois, SOS Éducation se présente comme une organisation jeune, mais solidement structurée. Son coordinateur général n’hésite pas à parler d’une « organisation hyper structurée », reposant sur une implantation à tous les niveaux du territoire. « Nous sommes présents dans tous les coins et recoins de la République. Nous disposons d’une organisation nationale, avec des relais au niveau provincial et départemental. Toutes les circonscriptions sont couvertes », a-t-il affirmé. Cette organisation en réseau constitue, selon lui, un atout majeur dans la perspective des élections. Elle permettrait au syndicat d’être proche des réalités locales et de mieux porter les préoccupations des enseignants, quel que soit leur lieu d’exercice.
Au-delà de sa structuration, SOS Éducation met en avant une ligne idéologique claire, celle de la rupture avec certaines pratiques des syndicats traditionnels. Le mouvement affirme être né d’un constat alarmant, au niveau de la précarité persistante des enseignants. « SOS Éducation est né du terreau de la misère des enseignants. C’est cette réalité qui nous a poussés à nous engager », a expliqué Petruany Mohamed Mbila.
Le syndicat revendique ainsi une approche différente, centrée sur la défense des intérêts collectifs plutôt que sur des logiques individuelles ou corporatistes. Il se veut inclusif, refusant toute forme de discrimination ou de clivage identitaire.
« Nous ne sommes pas un syndicat construit sur des bases identitaires ou sur des intérêts personnels. Notre combat est celui de tous les enseignants, du primaire comme du secondaire », a-t-il insisté.
Une campagne annoncée comme « différente »
Si l’ouverture officielle de la campagne reste suspendue, SOS Éducation promet néanmoins une entrée en lice remarquée lorsque les conditions seront réunies. Le coordinateur général évoque déjà une campagne « différente », qui se distinguera tant sur le fond que sur la forme. « Le moment venu, vous verrez clairement la différence. Notre démarche est structurée, réfléchie et tournée vers des résultats concrets », a-t-il assuré.
Le syndicat mise notamment sur son organisation interne et sur la mobilisation de ses membres pour faire la différence face à des concurrents parfois plus anciens, mais jugés moins proches des réalités de terrain. En dépit des incertitudes qui entourent encore le processus électoral, SOS Éducation affiche une confiance assumée.
Pour son coordinateur général, la clé du succès réside avant tout dans l’organisation. « Nous n’avons pas de crainte particulière. Tout se joue au niveau de l’organisation, et à ce niveau, nous sommes prêts », a-t-il déclaré, non sans une pointe d’assurance.
Dans un contexte marqué par une recomposition du paysage syndical, l’émergence de SOS Éducation pourrait bien redistribuer les cartes. Porté par une base mobilisée et une volonté affichée de rupture, le syndicat entend s’imposer comme une alternative crédible et durable dans la défense des intérêts des enseignants gabonais. Reste désormais à savoir si cette dynamique se traduira dans les urnes lors des prochaines élections professionnelles.