Le Syndicat urgent santé du Gabon (SUSGA) a livré une déclaration particulièrement offensive, appelant les plus hautes autorités à garantir le respect des résultats des élections professionnelles et à instaurer une véritable politique nationale de sécurité des patients. Entre dénonciation d’un dialogue social jugé sélectif et inquiétudes liées aux conditions de travail des professionnels de santé, le syndicat veut replacer la voix des travailleurs au cœur des décisions qui concernent le système sanitaire national.
Le ton était grave, ce mardi 15 septembre 2026, au cours d’un point de presse tenu à Nzeng-Ayong, dans le 6e arrondissement de Libreville. Le message résolument ferme. Face aux journalistes et à l’ensemble des professionnels de santé, le bureau national du Syndicat Urgent Santé du Gabon (SUSGA) a choisi de prendre publiquement la parole pour dénoncer ce qu’il considère comme des dérives préoccupantes dans la conduite du dialogue social au sein du secteur de la santé. Pour Marie Blanche Ntolo Esso, présidente de l’organisation syndicale, la situation actuelle ne relève plus d’une simple divergence entre syndicats ou d’une banale controverse syndicale. Elle toucherait désormais à des principes fondamentaux de la démocratie sociale, notamment la représentativité des organisations syndicales, le respect du choix des travailleurs, la transparence du dialogue social et, au-delà des revendications professionnelles, la qualité et la sécurité des soins dispensés aux populations. Dans sa déclaration, le SUSGA affirme avoir choisi de s’exprimer publiquement avec « gravité, responsabilité et une profonde indignation », considérant qu’il n’est plus possible de banaliser certaines pratiques qui, selon lui, risquent d’affaiblir durablement la confiance des travailleurs dans les mécanismes de représentation et de concertation.
Au cœur de la sortie médiatique du syndicat figure la question de la représentativité syndicale. Le SUSGA dénonce notamment une pratique qui consisterait, selon lui, à rechercher ou à privilégier certaines organisations syndicales considérées comme plus accommodantes, alors que les travailleurs ont été appelés à désigner démocratiquement leurs représentants dans le cadre des élections professionnelles. Pour l’organisation, cette manière de procéder serait de nature à vider le processus électoral de sa substance. Le syndicat estime qu’il serait contradictoire de demander aux travailleurs de participer à des élections professionnelles au nom de la démocratie sociale, puis de ne pas tenir compte des résultats issus de ces consultations dans la mise en place du dialogue avec l’administration. Une telle situation, soutient le SUSGA, serait susceptible de nourrir la frustration et la suspicion parmi les travailleurs, mais également de fragiliser la cohésion sociale au sein du secteur de la santé. « On ne peut pas appeler les travailleurs aux urnes au nom de la démocratie et, une fois les résultats proclamés, faire comme si leur choix n’avait jamais existé », fait valoir la présidente du syndicat. Derrière cette position se trouve une interrogation centrale : quelle portée réelle faut-il donner aux élections professionnelles si l’administration demeure libre de déterminer elle-même les interlocuteurs avec lesquels elle souhaite échanger ?
« À quoi servent les élections professionnelles ? »
C’est autour de cette question que le SUSGA a articulé une grande partie de son interpellation. L’organisation syndicale rappelle que les premières élections professionnelles avaient été présentées comme une étape importante dans le renforcement du dialogue social et dans l’expression démocratique des travailleurs.
L’objectif affiché était notamment de permettre l’émergence d’une représentativité syndicale fondée sur le choix des travailleurs et de conférer au dialogue social une légitimité démocratique. La présidente de SUSGA, Marie Blanche Ntolo Esso considère dès lors que les résultats de ces élections doivent avoir des conséquences concrètes. « À quoi servent les élections professionnelles ? À quoi sert la représentativité ? À quoi sert la démocratie sociale ? », s’interroge Mme Ntolo Esso.
Selon cette dernière, le vote des travailleurs ne peut être réduit à une simple formalité administrative. Une élection doit produire des effets et la représentativité acquise à travers les urnes doit permettre aux organisations concernées de participer pleinement aux mécanismes de concertation. Le SUSGA dit ainsi refuser toute situation dans laquelle l’administration pourrait sélectionner ses interlocuteurs en fonction de leur degré de proximité ou de leur capacité supposée à accompagner les orientations du ministère.
Le syndicat tient toutefois à préciser qu’il ne conteste pas le droit des autres organisations syndicales à exercer leurs activités, à s’exprimer ou à défendre leurs adhérents. La contestation porte plutôt sur la manière dont l’administration serait susceptible, selon la responsable de SUSGA, de favoriser certaines organisations au détriment d’autres.
« Un ministre n’a pas vocation à fabriquer son propre partenaire social », dénonce Marie Blanche Ntolo Esso.
Pour le SUSGA, le rôle de l’administration devrait être de garantir un dialogue social équitable, ouvert et transparent, et non de sélectionner les interlocuteurs en fonction de leur proximité avec le pouvoir administratif. Le syndicat appelle ainsi à l’application de critères objectifs permettant de déterminer les organisations habilitées à participer aux différents cadres de concertation. Dans cette logique, la représentativité ne devrait pas être appréciée à partir de la proximité avec l’administration, mais au regard de la confiance accordée par les travailleurs, des résultats électoraux et de la capacité des organisations à défendre les intérêts professionnels de leurs adhérents. Dans sa déclaration, la présidente de de SUSGA s’est également adressée directement à la ministre de la Santé. L’organisation estime que le département ministériel en charge de la santé doit jouer un rôle de rassemblement dans un secteur déjà confronté à de nombreuses difficultés. « Votre responsabilité est de rassembler, écouter, négocier, apaiser et résoudre les problèmes », lance Marie Blanche Ntolo Esso, présidente du syndicat à l’endroit de la ministre. Pour le SUSGA, le ministère de la Santé ne devrait pas devenir un facteur supplémentaire de division entre les travailleurs. La situation serait d’autant plus préoccupante que la santé constitue un secteur sensible, où les tensions sociales et les dysfonctionnements organisationnels peuvent avoir des conséquences dépassant largement le cadre professionnel. Le syndicat estime donc qu’un dialogue social apaisé et inclusif constitue une condition importante pour garantir la continuité et la qualité du service public de santé.
Le gouvernement appelé à garantir l’esprit des élections professionnelles
La présidente du SUSGA, Marie Blanche Ntolo Esso ne limite pas son interpellation au ministère de la Santé. L’organisation appelle également le gouvernement à clarifier les mécanismes destinés à garantir le respect des résultats des élections professionnelles dans l’ensemble des départements ministériels. Le syndicat interpelle notamment le vice-président du gouvernement, Hermann Immongault rappelant son implication dans le processus préparatoire ayant conduit à l’organisation des élections professionnelles. Le Syndicat Urgence Santé du Gabon souhaite savoir quelles garanties existent pour empêcher qu’un département ministériel puisse contourner la représentativité issue des urnes au profit d’organisations considérées comme plus « accommodantes ». Pour le syndicat, le risque est de voir progressivement s’installer un dialogue social dans lequel l’administration choisit ses interlocuteurs plutôt que de discuter avec les représentants désignés par les travailleurs.
Une telle évolution serait, selon lui, contraire à l’esprit même de la réforme engagée autour des élections professionnelles. La présidente Marie Blanche Ntolo rappelle également que le droit syndical ne saurait être considéré comme une faveur accordée par l’administration. La responsable de l’organisation fait référence aux engagements internationaux du Gabon en matière de liberté syndicale, de droit d’organisation, de négociation collective, de consultation tripartite et de relations professionnelles dans la fonction publique.
Elle rappelle également que le statut général de la fonction publique reconnaît aux agents publics l’exercice des droits syndicaux dans les conditions prévues par les textes en vigueur.
À travers ces rappels, la présidente de SUSGA entend replacer le débat dans un cadre juridique et institutionnel plus large.
D’après Marie Blanche Ntolo Esso, la fermeté d’un syndicat dans la défense des intérêts des travailleurs ne devrait pas être interprétée comme une provocation. La revendication ne devrait pas être assimilée à une insubordination et le désaccord ne saurait constituer, à lui seul, une faute professionnelle. Au contraire, estime la dirigeante du syndicat, le dialogue social suppose précisément la capacité de l’administration à entendre des positions différentes des siennes. Pour le SUSGA, la représentativité syndicale ne peut être fabriquée dans les bureaux des administrations. Elle se construit sur le terrain, au contact des travailleurs, et se mesure à la confiance que ceux-ci accordent à leur organisation. Lorsque cette représentativité est issue d’un processus électoral, elle doit, selon le syndicat, être reconnue et respectée. L’organisation refuse ainsi qu’une démocratie sociale soit célébrée au moment des élections avant d’être contournée dans la pratique au moment de la mise en œuvre du dialogue social. Le SUSGA affirme ne réclamer aucun privilège particulier. Il demande simplement que les mêmes règles s’appliquent à toutes les organisations syndicales et que les critères retenus pour leur participation aux discussions soient objectifs, transparents et conformes aux textes.
Deuxième front : la sécurité des patients
Mais la déclaration du SUSGA ne s’est pas limitée aux questions de représentativité syndicale. Le syndicat a également profité de sa prise de parole pour attirer l’attention de l’opinion nationale sur un autre sujet qu’il considère comme prioritaire, celui de la sécurité des patients. À l’occasion de la Semaine mondiale consacrée à cette problématique, le SUSGA regrette notamment de ne pas avoir été associé à certaines initiatives et activités organisées autour de cette thématique. Au-delà de cette situation particulière, le syndicat pose surtout la question de l’existence d’une véritable politique nationale de sécurité des soins. Pour le SUSGA, une semaine de sensibilisation, des conférences ou des campagnes de communication peuvent contribuer à informer les professionnels et les populations, mais elles ne sauraient remplacer un dispositif institutionnel permanent. Où est le système national de déclaration des événements indésirables ?
Le SUSGA demande ainsi aux autorités sanitaires de préciser les mécanismes existants pour identifier, déclarer, analyser et prévenir les événements indésirables liés aux soins. L’organisation pose plusieurs questions. Existe-t-il un système national de déclaration des événements indésirables ? Existe-t-il un mécanisme national permettant de recenser les événements indésirables graves ? Les événements sentinelles font-ils l’objet d’analyses systématiques ? Comment les erreurs et les dysfonctionnements sont-ils suivis ? Quelles mesures correctives sont mises en œuvre ? Quelle place est accordée à la formation continue en matière de sécurité des soins ? Autant d’interrogations que le syndicat estime nécessaires pour permettre au système sanitaire gabonais de progresser. Le SUSGA relève également que, lorsqu’un incident grave survient dans le système de santé, l’information parvient parfois à l’opinion publique par l’intermédiaire des familles, des réseaux sociaux, de la presse ou de procédures judiciaires. Pour le syndicat, la véritable question consiste à savoir ce qui existe en amont pour permettre aux professionnels de déclarer les incidents, aux autorités de les analyser et au système de santé d’en tirer les enseignements.
Le SUSGA défend ainsi une approche fondée sur l’apprentissage collectif. Pour l’organisation, la sécurité des patients doit reposer sur un système organisé d’alerte, de déclaration, d’analyse, de correction et de prévention. Il ne suffit pas, selon elle, d’attendre qu’un dysfonctionnement devienne largement médiatisé pour que les autorités prennent conscience de son existence. Marie Blanche Ntolo Esso insiste sur la nécessité de créer un environnement professionnel permettant aux soignants de signaler les risques et les incidents sans craindre systématiquement des représailles. L’objectif devrait être de comprendre les causes des dysfonctionnements et de mettre en œuvre des mesures permettant d’éviter leur répétition. Pour illustrer son propos, la présidente de SUSGA met en garde contre une politique qui se limiterait à l’événementiel. « Une journée ne soigne personne », déclare Marie Blanche Ntolo Esso. Selon elle, une conférence ne peut remplacer un système national de déclaration. Une cérémonie ne peut remplacer un registre. Un discours ne peut remplacer l’analyse d’un événement indésirable. Une campagne de communication ne peut remplacer une véritable politique nationale. Le syndicat appelle donc le ministère de la Santé à passer « de l’événementiel au structurel ».
Il réclame des mécanismes permanents, des indicateurs de performance, des évaluations régulières et surtout des résultats mesurables.
La sécurité des patients passe aussi par celle des soignants
Le SUSGA établit par ailleurs un lien direct entre les conditions de travail des professionnels et la sécurité des patients.
Comment exiger des soins de qualité lorsque les équipes sont insuffisantes ? Comment demander une vigilance permanente à des professionnels soumis à une surcharge de travail ? Comment prévenir les erreurs lorsque la formation continue demeure insuffisante ? Comment garantir une prise en charge optimale lorsque certains établissements rencontrent des difficultés d’approvisionnement en médicaments, équipements et consommables ? Pour le syndicat, ces facteurs constituent eux aussi des risques pour les patients. Le sous-effectif, la fatigue professionnelle, le manque de formation, l’insuffisance des équipements et certaines difficultés organisationnelles doivent donc être considérés comme des éléments importants dans toute politique nationale de sécurité des soins. « La sécurité du patient et la sécurité du soignant sont indissociables », affirme madame Ntolo Esso. L’organisation syndicale demande également davantage de transparence sur les moyens consacrés aux politiques de sécurité des patients. Elle souhaite notamment savoir quels moyens financiers, humains et matériels sont mobilisés, pour quelles activités, avec quels objectifs et selon quels indicateurs d’évaluation. Le SUSGA précise ne porter aucune accusation sans preuve. Il réclame plutôt de la transparence sur l’utilisation des ressources publiques. Pour le syndicat, lorsque des moyens publics sont consacrés à des journées, ateliers, conférences ou campagnes, les citoyens doivent pouvoir connaître les objectifs poursuivis et les résultats attendus. La question centrale devient alors celle de la pérennité des actions entreprises : qu’est-ce qui restera concrètement dans les établissements de santé après la fin d’une semaine de sensibilisation ?
Au terme de sa déclaration, le SUSGA a formulé une série de demandes à l’endroit des pouvoirs publics. L’organisation réclame en premier lieu le respect de la représentativité issue des élections professionnelles et la garantie d’un dialogue social reposant sur des critères objectifs et transparents. Elle demande ensuite la cessation de toute pratique susceptible d’être interprétée comme une sélection ou une fabrication de partenaires sociaux de convenance. Troisième exigence : l’ouverture d’un véritable dialogue avec l’ensemble des organisations représentatives, dans le respect des textes en vigueur. Quatrième demande : la mise en place d’un mécanisme national de déclaration, d’analyse et de suivi des événements indésirables. Cinquième exigence : le renforcement des politiques de qualité et de sécurité des soins dans l’ensemble des établissements sanitaires.
Sixième demande : l’amélioration des conditions de travail des professionnels de santé, notamment en matière d’effectifs, de formation, d’équipements, de médicaments et de consommables. Enfin, le syndicat réclame une plus grande transparence dans l’utilisation des ressources publiques consacrées aux politiques et activités relatives à la sécurité des patients.
Un appel à l’apaisement et au respect du choix des travailleurs
En définitive, le SUSGA veut se présenter comme un acteur favorable au dialogue, mais opposé à ce qu’il qualifie de dialogue sélectif. L’organisation affirme également ne pas être opposée aux autres syndicats, mais à toute tentative de créer artificiellement une représentativité de circonstances. De la même manière, elle ne remet pas en cause le principe de la Semaine mondiale de la sécurité des patients, mais souhaite que cette initiative soit prolongée par des mécanismes permanents capables de produire des effets tout au long de l’année.
Le syndicat en appelle donc directement au président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, au vice-président du gouvernement et à l’ensemble de l’équipe gouvernementale afin que les élections professionnelles produisent réellement leurs effets dans la conduite du dialogue social. Il demande également à la ministre de la Santé de privilégier le rassemblement plutôt que la division, l’écoute plutôt que l’exclusion, la négociation plutôt que l’imposition et l’apaisement plutôt que la confrontation. Pour le SUSGA, les patients gabonais ont besoin de soins accessibles, dignes et sûrs. Les professionnels de santé, eux, ont besoin de conditions de travail leur permettant d’exercer correctement leurs missions et d’une représentation syndicale respectueuse du choix exprimé par les travailleurs.
Au terme de cette déclaration, l’organisation syndicale résume sa position autour d’un principe : la démocratie sociale ne peut pas se limiter à l’organisation d’élections ; elle doit également se traduire dans la manière dont les résultats sont respectés et intégrés au dialogue social.
Et pour le SUSGA, une règle doit désormais prévaloir : les travailleurs choisissent leurs représentants, l’administration garantit le dialogue et les patients doivent rester au cœur de toute politique de santé.