Audiovisuel au Gabon : la colère grandissante des abonnés face à Canal+ et à la hausse de la redevance audiovisuelle

Ce qui apparaissait naguère comme une véritable révolution technologique pour les ménages gabonais est aujourd’hui devenu, pour beaucoup de consommateurs, une source de frustration et d’incompréhension. L’arrivée des opérateurs de télévision numérique, il y a plusieurs années, avait pourtant été accueillie avec enthousiasme à travers tout le pays. Grâce à la démocratisation des décodeurs, vendus à des prix relativement accessibles, des milliers de foyers gabonais découvraient alors une nouvelle manière de s’informer, de se divertir et de s’ouvrir au monde. À l’époque, l’acquisition d’un décodeur représentait pour de nombreuses familles bien plus qu’un simple achat. Elle incarnait une opportunité d’accéder à une multitude de chaînes nationales et internationales, jusque-là difficilement accessibles. Dans les villes comme dans les zones rurales, les décodeurs se vendaient rapidement et les opérateurs de télévision numérique connaissaient une croissance remarquable.
Mais cette période d’euphorie n’aura finalement été que de courte durée.

L’un des principaux arguments qui avaient favorisé l’adoption massive de ces équipements était la possibilité de continuer à recevoir gratuitement certaines chaînes nationales grâce à un système dit « en clair ». Même en l’absence de réabonnement, les utilisateurs pouvaient suivre l’actualité nationale, les journaux télévisés, les émissions d’intérêt public ainsi que les grands événements institutionnels retransmis par les médias publics. Cette disposition permettait notamment aux populations les plus modestes de rester connectées à l’actualité du pays sans supporter des charges financières supplémentaires.
Cependant, au fil du temps, les opérateurs ont progressivement mis fin à cette formule. Désormais, lorsqu’un abonnement arrive à expiration, l’accès à la quasi-totalité des chaînes devient impossible, y compris pour certaines chaînes nationales qui relevaient pourtant, aux yeux de nombreux consommateurs, d’une mission de service public. Cette situation suscite depuis plusieurs années une vive incompréhension. Pour de nombreux abonnés, il paraît difficilement concevable que les chaînes publiques financées en partie par les ressources nationales soient inaccessibles aux citoyens qui ne disposent pas des moyens nécessaires pour renouveler leur abonnement.

Une redevance audiovisuelle de plus en plus contestée

La question de la redevance audiovisuelle constitue également l’un des principaux motifs de mécontentement. Lorsque cette contribution a été instaurée à hauteur de 500 francs CFA, les autorités avaient expliqué qu’elle devait permettre de renforcer les capacités de production des médias publics, d’améliorer la qualité des programmes et de moderniser les infrastructures audiovisuelles nationales.
À l’époque déjà, plusieurs voix s’étaient élevées pour dénoncer une charge supplémentaire imposée aux consommateurs. Face aux protestations, des assurances avaient été données quant à l’utilisation efficace de cette redevance au bénéfice du secteur audiovisuel national.
Pourtant, plusieurs années après sa mise en place, la redevance est passée de 500 à 1 000 francs CFA, sans que les consommateurs ne constatent, selon eux, une amélioration significative de l’offre proposée par les chaînes publiques. De nombreux téléspectateurs estiment que les programmes diffusés restent largement identiques, avec peu d’innovations, peu de productions originales et une qualité technique qui ne reflète pas les contributions financières exigées des abonnés. « Nous payons davantage chaque année, mais nous ne voyons pas les changements annoncés. Les programmes restent les mêmes et l’accès à l’information devient de plus en plus difficile », déplore un consommateur rencontré dans la capitale.

À cette situation s’ajoute la question du coût des bouquets proposés par les opérateurs, notamment Canal+, leader du marché au Gabon. Dans un contexte marqué par la hausse du coût de la vie et les difficultés économiques auxquelles sont confrontés de nombreux ménages, plusieurs consommateurs jugent les tarifs pratiqués excessifs. Pour les familles disposant de revenus modestes, consacrer plusieurs milliers de francs CFA chaque mois à un abonnement télévisuel représente un effort financier considérable.
Certains observateurs rappellent qu’une partie importante de la population peine déjà à satisfaire ses besoins essentiels. Dans ces conditions, payer environ 6 000 francs CFA pour le bouquet de base demeure un luxe inaccessible pour de nombreux foyers. Cette réalité soulève une question fondamentale, celle de savoir comment garantir un accès équitable à l’information lorsque celle-ci dépend de plus en plus de la capacité financière des citoyens ?

Le droit à l’information en question

Au-delà des considérations économiques, plusieurs associations de consommateurs mettent en avant la dimension citoyenne du débat. Selon elles, l’accès aux chaînes nationales ne devrait pas être soumis aux mêmes conditions que les chaînes de divertissement ou les contenus premium. Les chaînes publiques ont notamment pour mission d’informer les populations sur les décisions gouvernementales, les politiques publiques, les campagnes de sensibilisation ou encore les activités des institutions de la République. Dans ces conditions, priver les citoyens non abonnés d’un accès minimal aux médias publics reviendrait, selon certains analystes, à créer une fracture informationnelle entre ceux qui peuvent payer et ceux qui n’en ont pas les moyens. « Comment suivre les activités du président de la République, les annonces gouvernementales ou les grands débats nationaux lorsque l’on ne peut même pas accéder aux chaînes publiques ? », s’interrogent plusieurs consommateurs.
Cette préoccupation est particulièrement forte dans les zones rurales où la télévision demeure parfois l’unique source d’information régulière.

Face à cette situation, de nombreuses voix s’élèvent pour demander une intervention des autorités. Les consommateurs invitent le gouvernement de la Ve République, et particulièrement le ministre de la Communication, à ouvrir une réflexion sur les conditions de diffusion des chaînes publiques sur les plateformes de télévision numérique. Parmi les revendications formulées figurent notamment le retour d’un bouquet minimum gratuit donnant accès aux chaînes nationales, une meilleure transparence dans l’utilisation de la redevance audiovisuelle ainsi qu’une révision des conditions tarifaires imposées aux abonnés. Pour les usagers, il est devenu indispensable de trouver un équilibre entre les impératifs économiques des opérateurs privés et le droit fondamental des citoyens à l’information.

Des exemples qui inspirent le débat

Plusieurs consommateurs évoquent également les décisions prises dans certains pays africains visant à renforcer l’accessibilité des médias nationaux et à protéger les intérêts des populations face aux grandes multinationales du secteur audiovisuel. Sans nécessairement remettre en cause la présence des opérateurs étrangers, ils estiment que les États doivent davantage défendre les intérêts des consommateurs et veiller à ce que les chaînes publiques restent accessibles au plus grand nombre. Dans les discussions populaires, certains citent notamment les mesures adoptées dans certains pays du continent pour favoriser la souveraineté audiovisuelle et garantir un accès plus large aux contenus d’intérêt national. Aujourd’hui, le malaise est perceptible dans de nombreux foyers gabonais. Entre la suppression des chaînes en clair, l’augmentation continue de la redevance audiovisuelle et le coût élevé des abonnements, beaucoup ont le sentiment d’être progressivement exclus d’un service qu’ils avaient pourtant contribué à populariser. Pour nombre d’observateurs, le débat dépasse désormais le simple cadre commercial. Il touche à des questions essentielles de justice sociale, d’accès à l’information et de service public.

Alors que le Gabon poursuit sa transformation institutionnelle sous la Ve République, de nombreux citoyens espèrent que leurs préoccupations seront entendues et que des solutions concrètes seront trouvées afin de rendre l’audiovisuel plus accessible à tous. En attendant d’éventuelles réformes, la colère continue de monter parmi les abonnés, convaincus que l’accès aux chaînes nationales ne devrait jamais être un privilège réservé à ceux qui ont les moyens de payer un abonnement. Pour eux, l’information publique doit rester un droit accessible à tous les Gabonais, quelles que soient leurs conditions sociales ou leurs capacités financières.

Don't Miss