À Malinga, dans le département de la Louetsi-Bibaka, certains opérateurs économiques choisissent de transformer leurs constats du quotidien en projets concrets. C’est le cas de Dieudonné Mathieu Orphelin Boti Mapogno, connu sur le pseudonyme de Matsoué, commerçant installé dans la localité depuis 2005, qui a entrepris de développer une activité d’hébergement afin de répondre à une problématique régulièrement rencontrée par les voyageurs et visiteurs de passage.
Dans cette commune située dans une zone frontalière, les mouvements de personnes sont relativement importants. Voyageurs, commerçants, visiteurs et autres usagers de passage doivent pouvoir disposer de conditions d’accueil adaptées. Or, pendant plusieurs années, l’offre d’hébergement apparaissait insuffisante au regard des besoins exprimés. C’est précisément ce constat qui a poussé Mathieu Orphelin à se lancer dans la construction un motel de près de 15 chambres destinées à accueillir les personnes de passage.
Commerçant à Malinga depuis plus de deux décennies, Dieudonné Mathieu Orphelin Boti Mapogno affirme avoir progressivement observé les difficultés auxquelles étaient confrontés certains visiteurs lorsqu’ils arrivaient dans la commune. « Je suis commerçant à Malinga depuis 2005. J’ai constaté que les voyageurs et les touristes qui venaient à Malinga avaient des difficultés pour se loger », explique-t-il. Pour cet opérateur économique, il n’était donc pas logique que des personnes puissent arriver dans la ville sans trouver facilement un lieu convenable pour passer la nuit. Cette situation l’a amené à s’interroger sur le rôle que pouvaient jouer les acteurs économiques locaux dans la recherche de solutions. Plutôt que d’attendre une éventuelle intervention extérieure, il décide alors de prendre une initiative à son niveau. « Je me suis dit qu’il fallait trouver quelque chose. Si les gens apprécient, je pourrai dire que nous sommes vraiment dans le bon sens », raconte-t-il. Cette réflexion va progressivement donner naissance à un véritable projet immobilier.
Une première construction de neuf chambres
La première étape du projet a consisté à construire un bâtiment comprenant neuf chambres. Pour Mathieu Orphelin, cette première réalisation devait permettre de tester l’idée et surtout de mesurer la réaction des populations et des visiteurs.
Après l’ouverture, les premiers retours sont encourageants. Les personnes qui découvrent les lieux saluent l’initiative et encouragent le promoteur à poursuivre dans cette voie. Ces réactions positives ont conforté l’opérateur économique dans sa décision. « Quand j’ai construit, les gens qui arrivaient au fur et à mesure m’ont félicité. Alors je me suis dit que c’était vraiment ce chemin-là et qu’on pouvait soulager les populations », souligne-t-il. Fort de cette première expérience, il décide d’aller plus loin. Après le premier bâtiment de neuf chambres, Mathieu Orphelin entreprend la construction d’un deuxième bâtiment de six chambres. Au total, son établissement dispose désormais de 15 chambres, offrant ainsi une capacité d’accueil plus importante aux personnes qui arrivent à Malinga. Pour le promoteur, cette évolution répond à une demande qui existe réellement dans la localité. Il estime que les voyageurs disposent aujourd’hui d’une solution supplémentaire lorsqu’ils arrivent dans la commune, ce qui permet également de renforcer progressivement l’offre de services proposée dans cette partie du pays.
L’initiative revêt d’autant plus d’importance que l’hébergement constitue un maillon essentiel de l’activité économique et touristique. Lorsqu’une ville dispose de structures capables d’accueillir convenablement les visiteurs, elle peut davantage espérer retenir les voyageurs, favoriser les échanges commerciaux et améliorer son attractivité. L’un des aspects importants du projet concerne également le prix proposé aux clients. Au lancement, Mathieu Orphelin avait envisagé de fixer la nuitée à 7 000 francs CFA, en raison notamment de la qualité des chambres et des investissements consentis pour leur réalisation. Mais cette tarification a été revue après un échange avec le maire de la commune. Selon le promoteur, l’autorité municipale lui aurait conseillé de commencer avec un prix plus accessible afin de permettre à l’établissement de se faire connaître et d’attirer davantage de clients. « Le maire m’a appelé. Il m’a dit que les chambres étaient jolies, mais qu’on ne pouvait pas commencer comme ça. Pour attirer les clients et faire connaître la valeur des chambres, il fallait commencer à 5 000 francs », explique-t-il. La nuitée est donc aujourd’hui proposée à 5 000 francs CFA. À travers cette tarification, l’objectif est également de permettre à différentes catégories de voyageurs de pouvoir accéder aux chambres sans que le coût de l’hébergement ne constitue un obstacle trop important.
Des investissements réalisés avec des moyens locaux
Derrière ces bâtiments et ces 15 chambres se trouve également une importante mobilisation de moyens financiers et logistiques. Mathieu Orphelin indique avoir investi plus de 10 millions de francs CFA dans la réalisation de son projet. Mais au-delà de la question financière, la construction a nécessité beaucoup d’efforts sur le plan logistique. À Malinga, l’acheminement des matériaux de construction peut rapidement devenir une difficulté. Le sable, les matériaux provenant de la forêt et certains autres équipements nécessaires au chantier doivent parfois être transportés sur des distances importantes.
La situation géographique de la commune, proche de la frontière avec le Congo Brazzaville, a également constitué un paramètre à prendre en compte. « Certains matériels étaient vers le Congo. Comme nous sommes ici en zone frontalière, il fallait aller les chercher. Certains endroits sont à près de 30 kilomètres. Il fallait donc louer des voitures », raconte-t-il. L’absence de véhicule personnel a également compliqué certaines opérations. « Je n’ai pas de voiture. C’est la seule difficulté que j’ai vraiment rencontrée à mon niveau », précise-t-il. Malgré ces contraintes, le promoteur affirme avoir poursuivi son projet avec détermination jusqu’à son achèvement.
La construction du bâtiment aurait nécessité environ six mois de travaux. Pour Mathieu Orphelin, cette période a été marquée par plusieurs contraintes liées à la disponibilité des matériaux, à leur transport et à leur acheminement jusqu’au site. Mais aucune de ces difficultés ne l’a finalement conduit à abandonner. L’investissement a été mené progressivement, avec l’objectif de disposer d’une infrastructure pouvant répondre durablement aux besoins de la clientèle. Aujourd’hui, le résultat est visible à travers les deux bâtiments et leurs 15 chambres. Après environ sept mois d’activité, le promoteur reconnaît que son investissement n’a pas encore été entièrement amorti. Cependant, il se dit encouragé par la fréquentation de l’établissement et par les réactions des clients. « Je n’ai pas encore récupéré ce que j’ai dépensé », admet-il. Mais cette situation ne semble pas entamer sa motivation. Au contraire, l’arrivée régulière de nouveaux clients lui donne confiance dans la pertinence de son initiative. Selon lui, les visiteurs apprécient particulièrement l’aspect des chambres et les conditions proposées. « Les clients me motivent. Au fur et à mesure qu’ils arrivent, ils apprécient la beauté du motel et constatent que les conditions sont réunies ici », affirme-t-il. La clientèle ne serait d’ailleurs pas uniquement composée de personnes originaires de Malinga. Des visiteurs provenant de différentes localités, notamment de Libreville et des environs, fréquenteraient également l’établissement. Cette fréquentation progressive constitue, pour le promoteur, un signe encourageant.
Une réponse à un besoin longtemps ressenti
À travers son témoignage, Mathieu Orphelin estime que son établissement est venu combler un manque qui existait dans la commune. Avant la mise en service de ces nouvelles chambres, certains voyageurs pouvaient se retrouver dans l’obligation de rechercher un hébergement dans des conditions peu adaptées. Désormais, ceux qui arrivent à Malinga disposent d’une possibilité supplémentaire pour passer la nuit. Pour le promoteur, c’est précisément cette utilité sociale qui donne tout son sens à son investissement. « Les gens sont soulagés depuis que j’ai ouvert. Aujourd’hui, je suis à sept mois et je trouve que c’est quelque chose qui manquait dans la ville », estime-t-il. Une telle initiative pourrait également contribuer à renforcer l’attractivité de Malinga, notamment auprès des visiteurs qui souhaitent découvrir la localité ou qui y séjournent pour des raisons professionnelles, commerciales ou familiales. Au-delà de son propre parcours, Mathieu Orphelin souhaite adresser un message aux autres opérateurs économiques et aux habitants de Malinga.
Pour lui, le développement d’une ville ne peut pas reposer uniquement sur l’action des pouvoirs publics. Les citoyens et les opérateurs économiques ont eux aussi une responsabilité dans la transformation de leur environnement. Son appel porte principalement sur la nécessité d’investir localement. « Ce n’est pas une gazelle qui va quitter la brousse pour construire la ville. C’est une personne qui va construire la ville », lance-t-il.
Une formule qui résume sa vision du développement local, celle de chacun doit pouvoir apporter sa contribution en fonction de ses moyens. Il invite ainsi les habitants disposant de ressources financières à réfléchir à des projets capables de créer de la valeur dans la commune. Pour lui, garder son argent sans investir dans des activités utiles à la collectivité ne permet pas de faire avancer une ville. Dans son argumentaire, Mathieu Orphelin insiste particulièrement sur la nécessité de transformer l’épargne en investissement. « Si on a l’argent, si on trouve par exemple un million, on prend ça et on le cache dans la chambre, on ne présente rien pour que la ville soit acclamée. Cela signifie qu’on tue la ville. Pourquoi prendre un million pour le cacher alors qu’on peut faire quelque chose pour la population ? », interroge-t-il. Cette philosophie aurait guidé son propre choix.
Avec plus de 10 millions de francs CFA investis dans la réalisation de son projet, il estime avoir fait le choix de réinjecter une partie de ses ressources dans l’économie locale. Son établissement constitue ainsi à la fois un investissement privé et une infrastructure supplémentaire au service de la population.
Une vision tournée vers l’avenir
Même si l’activité n’a pas encore permis de récupérer l’intégralité des dépenses engagées, Mathieu Orphelin ne regrette pas son choix. Il considère que le développement d’un projet nécessite du temps et que les premiers mois doivent notamment servir à faire connaître l’établissement et à fidéliser la clientèle. La fréquentation progressive des chambres constitue donc un indicateur encourageant pour l’avenir. Son expérience montre également que l’initiative privée peut contribuer, à une échelle locale, à répondre à certains besoins qui affectent directement les populations. Dans une commune comme Malinga, où les besoins en infrastructures et en services restent importants, ce type d’investissement pourrait servir de modèle à d’autres acteurs désireux de participer au développement de leur localité. Le parcours de Mathieu Orphelin illustre finalement une conception du développement fondée sur l’initiative individuelle et l’investissement local. Parti d’un simple constat sur les difficultés d’hébergement rencontrées par les voyageurs, le commerçant a progressivement construit une infrastructure de 15 chambres, malgré les difficultés liées au transport des matériaux et au financement. Son message aux autres habitants de Malinga et du département de la Louetsi-Babaka est donc sans ambiguïté : investir dans sa ville, c’est aussi investir dans son propre avenir. « Il faut réfléchir comme moi afin que la ville aille de l’avant et que les gens trouvent leur compte. N’importe qui, qui arrive doit trouver quelque chose de meilleur dans la ville », soutient-il.
À travers cette initiative, Mathieu Orphelin entend ainsi apporter sa pierre à l’édifice. Son établissement ne constitue peut-être qu’une contribution parmi d’autres, mais il témoigne d’une volonté de voir Malinga se développer grâce à l’engagement de ses propres forces vives.
Après plusieurs années passées dans le commerce et plusieurs mois consacrés à la construction de cette infrastructure, l’opérateur économique espère désormais que son exemple pourra inspirer d’autres initiatives locales. À Malinga, le développement passe aussi par ces investissements de proximité, portés par des hommes et des femmes qui choisissent de transformer leurs ressources en infrastructures, en services et en opportunités pour la communauté.