Longtemps perçue comme une institution discrète et peu connue du grand public, l’Office Gabonais de la Propriété Industrielle (OGAPI) entend désormais changer d’approche. Sous l’impulsion de sa nouvelle direction générale, l’établissement public multiplie les initiatives visant à se rapprocher des populations et des acteurs économiques. C’est dans cette optique qu’a été lancée, ce mercredi au carrefour Avorbam, dans le nord de Libreville, une grande caravane de sensibilisation consacrée à la propriété industrielle.
Pendant trois jours, les équipes de l’OGAPI sillonneront plusieurs quartiers stratégiques du Grand Libreville afin d’aller à la rencontre des commerçants, artisans, entrepreneurs, inventeurs, porteurs de projets et simples citoyens pour leur faire découvrir l’importance de la protection des créations intellectuelles et industrielles. Cette campagne intervient dans un contexte où de nombreux opérateurs économiques continuent d’exercer leurs activités sans prendre les dispositions nécessaires pour protéger leurs marques, leurs noms commerciaux, leurs inventions ou encore leurs modèles industriels. Une situation qui les expose à de nombreux risques, notamment l’usurpation de leurs créations, la contrefaçon ou encore la perte de revenus liés à l’exploitation de leurs idées.
Au lancement de cette opération de proximité, Frank Nzatsi, responsable adjoint du service communication de l’OGAPI, a présenté les motivations qui sous-tendent cette initiative. Selon lui, la propriété industrielle demeure un domaine encore insuffisamment connu du grand public, malgré son importance dans le développement économique et la sécurisation des activités entrepreneuriales. « Aujourd’hui, l’OGAPI se trouve au carrefour Avorbam pour lancer officiellement sa caravane de sensibilisation sur la propriété industrielle. Il s’agit d’un domaine particulièrement important mais qui reste encore méconnu de nombreux citoyens et même d’une partie des opérateurs économiques. Notre objectif est d’attirer leur attention sur la nécessité de protéger les différents actifs intellectuels qu’ils utilisent quotidiennement dans leurs activités », a-t-il déclaré. Pour le responsable de la communication, cette campagne est avant tout une occasion d’informer et d’éduquer les populations sur les missions de l’OGAPI ainsi que sur les avantages qu’offre la protection de la propriété industrielle. Cette caravane s’étendra sur trois jours. Après l’étape d’Avorbam, les équipes de l’OGAPI poursuivront leur mission à Owendo avant de clôturer l’opération au rond-point de Nzeng-Ayong.
Une nouvelle vision portée par la direction générale
Au-delà de la simple sensibilisation, cette campagne traduit également un changement profond dans la manière dont l’institution entend désormais exercer ses missions. Frank Nzatsi a rappelé que l’OGAPI est longtemps resté dans l’ombre, avec une visibilité relativement faible auprès des populations. « Il faut rendre à César ce qui appartient à César. L’OGAPI est resté longtemps à l’ombre. Aujourd’hui, les nouvelles autorités, avec à leur tête le directeur général, Madame Olivia Marlène Bazoghé, ont décidé de mettre la communication au cœur de leur action afin que les populations connaissent davantage l’institution et ses missions », a-t-il expliqué. Cette nouvelle orientation repose notamment sur le principe de la communication de proximité. Pour la direction générale, il n’est plus question d’attendre que les opérateurs économiques se déplacent systématiquement vers l’administration. Désormais, l’administration doit également faire l’effort d’aller à leur rencontre afin de mieux comprendre leurs préoccupations et de leur apporter l’accompagnement nécessaire.
Cette démarche vise à créer un lien de confiance entre l’OGAPI et les usagers tout en favorisant une meilleure appropriation des mécanismes de protection de la propriété industrielle.
Parmi les experts mobilisés lors de la première journée de cette caravane figure Armand Ondo Nguema, chef de service des indications géographiques à l’OGAPI.
Intervenant devant les populations et les médias, il a insisté sur les enjeux économiques liés à la protection de la propriété intellectuelle. Selon lui, derrière chaque produit, chaque invention ou chaque marque se cachent des années de travail, d’investissement et de sacrifices.
« La propriété intellectuelle concerne tout ce qui est créé par l’homme. Beaucoup de personnes passent des nuits blanches à réfléchir, à concevoir, à innover. Elles investissent du temps, de l’énergie et parfois d’importantes ressources financières pour mettre leurs créations à la disposition du public », a-t-il souligné.
Cependant, il constate que de nombreux créateurs voient leurs efforts exploités par d’autres personnes qui n’ont participé ni à la conception ni au financement des projets. « Certaines personnes viennent simplement exploiter les créations d’autrui sans autorisation. Cela prive les véritables créateurs des revenus qu’ils sont en droit d’attendre de leurs investissements. Pourtant, lorsqu’on crée ou lorsqu’on invente, on espère naturellement un retour sur investissement », a-t-il expliqué.
Lutter contre la contrefaçon et l’appropriation illégale
Pour l’expert, l’un des principaux objectifs de la propriété industrielle consiste à protéger les créateurs contre les pratiques frauduleuses. Il a pris l’exemple des marques commerciales pour illustrer les conséquences de l’absence de protection.
« Lorsque nous achetons un produit, ce n’est pas uniquement l’objet que nous payons. Nous payons également la réputation, la qualité et l’image associées à une marque. Si cette marque n’est pas protégée, n’importe qui peut l’utiliser sur des produits qui ne respectent pas les standards de qualité attendus », a-t-il indiqué. Cette situation crée non seulement un préjudice pour le propriétaire légitime de la marque, mais également pour le consommateur qui peut être induit en erreur. La protection de la propriété industrielle permet ainsi de garantir la traçabilité des produits, de préserver la confiance des consommateurs et de valoriser les investissements réalisés par les entreprises. Au cours de son intervention, Armand Ondo Nguema a également tenu à clarifier certaines notions souvent mal comprises. Il a rappelé que la propriété intellectuelle se compose de deux grandes branches distinctes. La première concerne le droit d’auteur et les droits voisins, qui protègent notamment les œuvres artistiques, littéraires, musicales et audiovisuelles. La seconde branche est celle de la propriété industrielle, qui relève directement des missions de l’OGAPI.
Cette dernière englobe plusieurs catégories de droits, notamment : les marques ; les noms commerciaux ; les dessins et modèles industriels ; les brevets d’invention ; les indications géographiques ;
les enseignes commerciales et les certificats d’obtention végétale. Chacun de ces éléments répond à des critères spécifiques de protection et nécessite des démarches administratives adaptées. L’OGAPI a également profité de cette campagne pour informer les populations sur les coûts et les modalités de protection des actifs industriels. Pour les noms commerciaux, par exemple, les frais de dépôt s’élèvent à 25 000 francs CFA pour les personnes physiques et à 35 000 francs CFA pour les personnes morales. La protection accordée est valable pour une durée de dix ans, renouvelable indéfiniment.
Concernant les marques, les conditions sont plus élaborées.
Le déposant doit fournir le nom ou le logo qu’il souhaite protéger. Les experts procèdent ensuite à un examen approfondi afin de vérifier que la marque respecte les exigences légales. Elle ne doit notamment pas être contraire à l’ordre public, aux bonnes mœurs ou présenter un caractère exclusivement descriptif. Une fois enregistrée, la marque bénéficie d’une protection sur l’ensemble des dix-sept États membres de l’Organisation Africaine de la Propriété Intellectuelle (OAPI). Le coût de cette procédure est fixé à 360 000 francs CFA pour une période de dix ans renouvelable.
La règle du premier déposant
L’une des préoccupations fréquemment exprimées par les entrepreneurs concerne le cas où plusieurs personnes souhaiteraient enregistrer une même marque. Sur cette question, Armand Ondo Nguema a été très clair. Selon lui, le système de propriété industrielle repose sur le principe du premier déposant. « La propriété intellectuelle est une question de délais. Deux personnes ne peuvent pratiquement jamais arriver au même moment pour effectuer un dépôt. Celui qui accomplit la procédure en premier obtient les droits sur la marque concernée », a-t-il expliqué. Cette règle souligne l’importance pour les entrepreneurs d’anticiper et de protéger leurs créations dès leur conception afin d’éviter toute contestation ultérieure.Au-delà des aspects administratifs et juridiques, l’OGAPI ambitionne de développer au Gabon une véritable culture de la propriété industrielle.
Pour les responsables de l’institution, la protection des créations intellectuelles constitue un levier essentiel pour stimuler l’innovation, encourager l’investissement et renforcer la compétitivité des entreprises gabonaises.
Dans un contexte économique marqué par la diversification et la promotion de l’entrepreneuriat, la sécurisation des marques, des inventions et des innovations apparaît comme un enjeu majeur pour la création de richesse et d’emplois. Cette caravane de sensibilisation se veut donc une première étape vers une meilleure appropriation des mécanismes de protection offerts par l’OGAPI.
À travers cette initiative, l’établissement entend rappeler aux opérateurs économiques que chaque idée, chaque invention et chaque création possède une valeur qui mérite d’être protégée. En allant directement à la rencontre des populations, l’OGAPI espère ainsi réduire le déficit d’information qui entoure encore la propriété industrielle et encourager davantage de Gabonais à sécuriser leurs actifs immatériels, véritables moteurs de croissance dans l’économie moderne.