L’Institut national de la Jeunesse et des Sports (INJS) a franchi une nouvelle étape dans la formation de ses cadres avec la soutenance des mémoires de fin de cycle des élèves inspecteurs. Parmi les candidats, Élisée David Lekouni s’est particulièrement distingué en obtenant la note de 16/20, à l’issue de la présentation de son mémoire consacré à « L’influence des conditions de travail sur les performances sportives, le cas du CF Mounana ». Une note qui lui permet d’obtenir officiellement le Certificat d’Inspectorat et d’intégrer le corps des inspecteurs de Jeunesse et des Sports. Au terme de plusieurs mois de recherches, de stages professionnels et de travaux académiques, la soutenance constituait l’ultime étape permettant de valider la formation. L’émotion était perceptible chez le candidat qui, quelques instants après la proclamation des résultats, n’a pas caché sa satisfaction. « Désormais, je suis inspecteur de Jeunesse et des Sports. Ce statut était conditionné par la soutenance de mon mémoire. Aujourd’hui, cette étape est franchie et c’est une immense satisfaction », a-t-il confié. S’il se réjouit de cette réussite, le nouveau diplômé reconnaît toutefois que l’exigence personnelle l’incite toujours à viser plus haut. « Je suis satisfait, mais comme tout chercheur ou étudiant, on n’est jamais totalement satisfait. On souhaite toujours faire davantage et obtenir encore de meilleurs résultats. Malgré cela, 16 sur 20 reste une très bonne note qui récompense le travail accompli », a-t-il déclaré.
Pour Élisée David Lekouni, cette réussite dépasse largement une consécration personnelle. Elle représente un engagement envers le développement du Gabon, notamment dans les domaines de la jeunesse et du sport. Selon lui, les inspecteurs formés à l’INJS ont désormais la responsabilité d’accompagner les pouvoirs publics dans l’élaboration, l’évaluation et l’amélioration des politiques publiques. « Toutes les études que nous avons suivies n’ont qu’un seul objectif, celui de servir notre pays. Nous sommes désormais prêts à accompagner nos aînés dans la recherche de solutions aux difficultés rencontrées dans le secteur de la jeunesse et des sports. Notre mission est de contribuer à améliorer les politiques publiques et à promouvoir le développement du sport gabonais », a-t-il expliqué. Cette vision traduit la volonté des nouveaux inspecteurs de mettre leurs compétences au service de l’administration publique afin de renforcer l’efficacité des actions gouvernementales dans un secteur considéré comme stratégique pour le développement humain.
Une réflexion sur les causes profondes des contre-performances sportives
Le thème choisi par Élisée David Lekouni porte sur une problématique particulièrement actuelle : les conditions de travail comme facteur déterminant de la performance sportive. À travers une étude approfondie du CF Mounana, ancien club phare du championnat gabonais, le chercheur s’est attaché à démontrer que les performances d’une équipe ne dépendent pas uniquement de la qualité des joueurs ou des choix tactiques de l’entraîneur. Son travail montre que les résultats sportifs sont également étroitement liés aux conditions de travail offertes aux athlètes, à la qualité de la gouvernance des clubs, à leur stabilité institutionnelle ainsi qu’aux moyens financiers et matériels mis à leur disposition. « Lorsque l’on souhaite obtenir de grandes performances sportives, il faut d’abord garantir de bonnes conditions de travail aux sportifs. Les performances ne reposent pas uniquement sur le talent des joueurs. Elles sont aussi le résultat d’un environnement favorable », a-t-il souligné. Fondé en 2006 dans la province du Haut-Ogooué, le CF Mounana a longtemps été considéré comme un modèle de réussite dans le football gabonais.
Entre 2012 et 2017, le club s’est illustré par un palmarès remarquable avec plusieurs titres de champion du Gabon, des victoires en Coupe du Gabon, une Super Coupe nationale ainsi que plusieurs participations aux compétitions africaines organisées par la Confédération africaine de football (CAF). Cependant, malgré cette période de domination, le club a progressivement perdu son leadership jusqu’à disparaître des premiers rôles du football national.
Cette évolution a constitué le point de départ de la recherche.
« Nous avons voulu comprendre pourquoi un club qui dominait le football gabonais a connu une telle chute. Les explications avancées se limitent souvent aux résultats sportifs immédiats, à la qualité des entraîneurs ou au niveau des joueurs. Pourtant, notre étude démontre que les véritables causes sont beaucoup plus profondes », a expliqué le candidat. Pour répondre à cette problématique, le chercheur a adopté une approche qualitative. Des entretiens ont été réalisés auprès d’une quarantaine d’acteurs directement impliqués dans la vie du club, notamment d’anciens joueurs, des entraîneurs, des dirigeants et plusieurs personnes ressources. Les recherches documentaires ont été effectuées à la bibliothèque de l’INJS, à l’Université Omar Bongo, au centre de formation du CF Mounana ainsi qu’à travers différentes ressources scientifiques disponibles sur Internet. Les analyses se sont appuyées sur les théories de Maslow et de Herzberg, deux références majeures en matière de motivation et de satisfaction au travail. Les conclusions de l’étude confirment les différentes hypothèses formulées au début de la recherche. Les difficultés financières, la dégradation des infrastructures, les insuffisances matérielles, les problèmes organisationnels ainsi que le départ de plusieurs joueurs et entraîneurs ont progressivement fragilisé le fonctionnement du club. Ces facteurs ont affecté la motivation des sportifs, leur stabilité psychologique et, par conséquent, leurs performances sur le terrain. Le mémoire souligne également que le management sportif ne peut être dissocié des dimensions humaines, psychologiques et sociales qui influencent directement les résultats des équipes.
Le sport, un moteur de développement économique
Au-delà du cas du CF Mounana, Élisée David Lekouni estime que le football doit désormais être considéré comme un secteur économique à part entière. Selon lui, de nombreux pays ont réussi à faire du sport un puissant levier de création de richesses, d’emplois et d’attractivité internationale. Le Gabon gagnerait ainsi à professionnaliser davantage son football afin qu’il contribue pleinement à la diversification de l’économie nationale. « Le sport doit être considéré comme un facteur de développement économique. Nous devons nous inspirer des modèles qui fonctionnent ailleurs afin de valoriser le potentiel du football gabonais », a-t-il affirmé. Au terme de son travail, plusieurs recommandations ont été formulées.
Le chercheur préconise notamment :
l’assainissement de la gouvernance des clubs sportifs ; la diversification des sources de financement ; l’amélioration des conditions de travail des sportifs ; le renforcement des infrastructures sportives ; une meilleure stabilité administrative des clubs ; le développement de la formation des dirigeants sportifs ; le renforcement du statut du joueur professionnel et la création de mécanismes garantissant le paiement régulier des salaires. Ces recommandations s’adressent aussi bien aux dirigeants des clubs qu’aux fédérations sportives et aux pouvoirs publics.
Prenant la parole devant le jury, le directeur scientifique du mémoire, Olivier Nguema Akwe, a salué les qualités humaines et scientifiques de son étudiant. Il a décrit Élisée David Lekouni comme un étudiant sérieux, discipliné, disponible et particulièrement engagé dans son travail. Le directeur de mémoire a également souligné l’intérêt du sujet, rappelant avoir lui-même participé à des réflexions nationales sur la gouvernance du football gabonais. Selon lui, les conclusions de cette recherche rejoignent plusieurs recommandations déjà formulées par des experts, mais qui restent encore insuffisamment appliquées. Il a insisté sur la nécessité de prendre davantage en compte la dimension psychologique des sportifs, souvent négligée dans les clubs gabonais malgré son influence déterminante sur les performances.
Un travail apprécié par le jury
L’assesseur du jury a, pour sa part, salué la qualité générale du mémoire, tout en formulant plusieurs observations méthodologiques destinées à renforcer encore davantage la recherche.
Les échanges entre le candidat et les membres du jury ont porté sur les objectifs de l’étude, les hypothèses, la méthodologie, la représentativité de l’échantillon ainsi que les références théoriques mobilisées. À l’issue des délibérations, le président du jury, Pr Orphée Soumaho, a annoncé la décision finale : Élisée David Lekouni est admis avec la note de 16/20. Une distinction qui vient couronner deux années de formation exigeantes à l’INJS. « Le plus important aujourd’hui, c’est d’être arrivé au bout du tunnel. Le parcours n’a pas été facile. Il y a eu des moments difficiles, mais cette réussite récompense tous les sacrifices consentis. À présent, une nouvelle responsabilité commence, celle de servir le Gabon avec compétence, rigueur et engagement », a conclu le nouvel inspecteur de Jeunesse et des Sports.