Longtemps au cœur de nombreuses critiques relatives à son mode de gouvernance et à la gestion de ses ressources, l’Agence gabonaise de sécurité alimentaire (AGASA) a décidé de rompre le silence. Lors d’un point de presse animé à Libreville, son Directeur général, Dr Jean Delors Biyogue Bi Ntoungou, est revenu en détail sur les difficultés rencontrées par l’établissement, les réformes engagées depuis sa prise de fonctions en 2023 et les perspectives destinées à renforcer durablement la sécurité sanitaire des aliments au Gabon. Face aux journalistes, le responsable de l’AGASA a tenu à apporter des réponses précises aux nombreuses interrogations qui entourent le fonctionnement de l’agence. Il a notamment réfuté les accusations faisant état d’une gouvernance à deux têtes, de dysfonctionnements administratifs ou encore de malversations financières.
Le Directeur général a reconnu qu’à son arrivée, certaines responsabilités avaient été largement déléguées au Directeur général adjoint afin d’assurer une meilleure répartition des tâches. Cependant, cette organisation aurait progressivement créé une confusion dans la chaîne de commandement. « À un moment donné, j’avais accordé un certain nombre de délégations de pouvoirs. Avec le temps, j’ai constaté que cette organisation ne produisait plus les résultats attendus. J’ai donc retiré ces délégations afin que chaque responsable exerce exclusivement les missions prévues par les textes. Aujourd’hui, cette situation appartient au passé et l’AGASA fonctionne normalement », a expliqué le Directeur général. Selon lui, cette décision a permis de restaurer l’autorité administrative, d’améliorer la coordination des services et de renforcer l’efficacité des interventions sur le terrain.
Le Directeur général balaie les accusations de malversations financières
L’une des principales critiques formulées à l’encontre de l’agence concernait une supposée mauvaise gestion financière.
Sur ce point, le Directeur général s’est voulu catégorique. Pour lui, les chiffres démontrent au contraire une amélioration de la situation financière de l’établissement. « Il est difficile de parler de malversations lorsqu’une structure améliore progressivement ses performances financières. Les ressources de l’agence sont en progression et les procédures de contrôle ont été considérablement renforcées », a-t-il affirmé. Le responsable rappelle qu’à son arrivée, le budget de fonctionnement de l’AGASA s’élevait à près de 1,9 milliard de francs CFA. Depuis, plusieurs mécanismes ont été instaurés afin de garantir une parfaite transparence dans la gestion des ressources publiques. Désormais, toutes les recettes générées par l’établissement sont directement reversées au Trésor public, limitant ainsi les risques de manipulation des fonds et assurant une traçabilité complète des opérations financières.
Le Directeur général a expliqué que l’AGASA est engagée depuis trois ans dans une profonde restructuration destinée à moderniser son fonctionnement. Cette réforme touche aussi bien l’organisation administrative que les méthodes de contrôle sanitaire mises en œuvre sur l’ensemble du territoire national. L’objectif est de doter le Gabon d’une agence plus performante, capable d’assurer efficacement la surveillance des denrées alimentaires commercialisées dans les marchés, les supermarchés, les unités industrielles ainsi que dans le secteur informel.
Parmi les principales innovations figure la réorganisation des brigades d’inspection.
Chaque brigade est désormais composée de cinq agents, dont deux inspecteurs qualifiés et assermentés spécialisés dans les contrôles d’hygiène et de sécurité alimentaire. Cette nouvelle organisation permet d’améliorer la qualité des inspections, de renforcer la crédibilité des contrôles et d’assurer une meilleure couverture du territoire. Le Directeur général a également annoncé que 62 agents ont bénéficié d’une formation intensive de trois semaines afin d’actualiser leurs compétences techniques et juridiques. Parallèlement, l’AGASA a développé un partenariat avec plusieurs établissements d’enseignement supérieur permettant à 42 étudiants stagiaires d’être formés aux métiers du contrôle sanitaire et de la sécurité alimentaire. Cette politique de renforcement des capacités vise à préparer une nouvelle génération de professionnels spécialisés dans la prévention des risques alimentaires.
Une présence quotidienne sur le terrain
L’une des priorités de la nouvelle direction consiste à rendre les équipes de contrôle beaucoup plus visibles. Les brigades interviennent désormais du lundi au vendredi sur l’ensemble des sites de commercialisation des produits alimentaires. Selon le Directeur général, cette présence permanente doit permettre non seulement de détecter rapidement les infractions, mais aussi d’accompagner les opérateurs économiques dans le respect des normes sanitaires. L’ambition est de restaurer progressivement la confiance des consommateurs envers les produits mis sur le marché gabonais. Revenant sur les polémiques ayant récemment entouré certains produits de la Sobraga, le Directeur général a invité l’opinion publique à éviter les conclusions hâtives. Il a rappelé que les critères de conformité diffèrent selon les législations nationales. « Une non-conformité constatée dans un pays ne signifie pas automatiquement que le produit est interdit partout. Chaque État applique ses propres normes sanitaires en fonction de sa réglementation », a-t-il précisé. Toutefois, l’AGASA poursuit ses investigations et entend renforcer les analyses de laboratoire afin de garantir aux consommateurs gabonais des produits conformes aux exigences nationales.
Le Directeur général a également évoqué les risques liés à la fabrication artisanale de certaines boissons très consommées, notamment le bissap, le lait caillé ou encore différents jus de fruits préparés dans des conditions d’hygiène insuffisantes. Face à ces constats, l’AGASA a décidé de suspendre temporairement la commercialisation des produits ne respectant pas les normes minimales de sécurité sanitaire. Près de 1 800 opérateurs du secteur informel sont concernés par cette opération d’assainissement. L’objectif n’est pas de sanctionner systématiquement ces producteurs, mais de les accompagner vers une professionnalisation de leurs activités. Dans cette optique, un guide de bonnes pratiques d’hygiène a été élaboré afin de leur fournir les règles essentielles relatives à la préparation, au conditionnement, au transport et à la conservation des aliments.
Les aliments de rue au cœur des préoccupations
L’AGASA entend également renforcer le contrôle des aliments vendus dans la rue.
Selon les statistiques présentées par le Directeur général, près de six Gabonais sur dix consomment régulièrement des repas préparés et vendus sur la voie publique. Cette réalité fait de la restauration de rue un secteur prioritaire en matière de santé publique. L’agence prévoit ainsi d’intensifier les campagnes de sensibilisation, les inspections sanitaires et les formations destinées aux vendeurs afin de réduire les risques d’intoxications alimentaires et de maladies d’origine alimentaire. À travers l’ensemble de ces réformes, le Directeur général estime que l’AGASA est aujourd’hui engagée dans une nouvelle dynamique fondée sur la transparence, la rigueur administrative, le professionnalisme et la proximité avec les populations. Le renforcement des contrôles, la modernisation des équipes, la professionnalisation des acteurs du secteur alimentaire et l’amélioration de la gouvernance constituent, selon lui, les piliers d’une stratégie destinée à garantir durablement la qualité des aliments consommés au Gabon.
Au-delà des polémiques, l’Agence gabonaise de sécurité alimentaire entend désormais concentrer ses efforts sur sa mission première, celle de protéger la santé des consommateurs, prévenir les risques sanitaires et contribuer à l’amélioration de la qualité des produits alimentaires mis à la disposition des populations.