Chose promise, chose due. Annoncée deux semaines auparavant par le bureau exécutif du Syndicat Urgence Santé Gabon (SUS-GA), l’assemblée générale de cette jeune organisation syndicale s’est effectivement tenue le samedi 18 juillet 2026, dans la salle de conférences du Centre hospitalier universitaire de Libreville (CHUL). Cette importante rencontre a réuni plusieurs dizaines d’agents de santé venus de différentes structures sanitaires du Grand Libreville afin de faire le bilan des premiers mois d’existence du syndicat, d’informer les adhérents des négociations engagées avec les autorités et de définir les grandes orientations des actions à venir.
Placée sous le signe de la transparence, de la concertation et de la mobilisation, cette assemblée générale a permis aux principaux responsables du SUS-GA de revenir sur les origines du mouvement, de dresser un état des lieux des revendications en cours et de réaffirmer leur volonté de défendre les intérêts des professionnels de santé dans le respect des institutions de la République. Ouvrant les différentes interventions, le vice-président du Syndicat Urgence Santé Gabon, Casimir Moussavou, a retracé avec émotion l’histoire de cette organisation syndicale. Avant toute chose, il a demandé à l’assistance d’observer une pensée pour les camarades disparus au cours de la lutte, le retentissement de l’hymne nationale, avant de remercier l’ensemble des militants pour leur présence et leur fidélité. « Nous tenons, au nom du Bureau national, à remercier chacun d’entre vous d’avoir laissé, le temps de cette rencontre, vos nombreuses obligations professionnelles afin de venir participer à cette assemblée générale », a-t-il déclaré.
Revenant sur les circonstances qui ont conduit à la naissance d’Urgence Santé, il a rappelé que tout est parti d’un constat partagé par de nombreux agents : les syndicats traditionnels ne répondaient plus suffisamment aux préoccupations des personnels de santé. Inspirés par les mouvements revendicatifs observés dans le secteur de l’Éducation nationale, plusieurs professionnels de santé décidèrent alors de créer un collectif baptisé SOS Santé, dont la première assemblée générale s’est tenue le 14 janvier 2026. Cette rencontre débouchera rapidement sur une audience auprès du conseiller spécial du Président de la République chargé de la Santé, suivie du dépôt d’un cahier de revendications aussi bien à la Présidence de la République qu’au ministère de la Santé. Le collectif réclamait principalement : les reclassements des agents ; les avancements de carrière ; les intégrations dans la Fonction publique ; les titularisations ; les recrutements des jeunes diplômés et l’amélioration générale des conditions de travail.
Des obstacles avant la reconnaissance officielle
Casimir Moussavou a ensuite rappelé les nombreuses difficultés rencontrées au cours de cette première phase de mobilisation. Face à l’absence de réponses concrètes, le collectif avait organisé plusieurs assemblées générales et envisagé différentes actions de protestation, notamment un « lundi noir ».
Cependant, lors des négociations organisées par le ministère de la Santé, les représentants du collectif se sont heurtés à l’opposition d’autres organisations syndicales qui contestaient leur légitimité.
À plusieurs reprises, les membres du collectif ont été exclus des discussions au motif qu’ils ne disposaient pas encore du statut légal de syndicat. Loin de se décourager, les responsables ont alors entrepris toutes les démarches administratives nécessaires pour obtenir leur récépissé officiel. Le vice-président a décrit un véritable parcours du combattant, marqué par de nombreuses difficultés administratives et plusieurs rejets de dossiers.
Finalement, le récépissé sera délivré à quelques jours seulement des élections professionnelles. Le report du scrutin d’une semaine permettra finalement au nouveau syndicat de prendre part au vote. Une participation qui se révélera historique puisque le SUS-GA remportera une large victoire. « Voilà comment est née Urgence Santé. Nous avons commencé comme un collectif avant de devenir un syndicat reconnu. Cette victoire appartient avant tout à la base », a-t-il souligné sous les applaudissements.
Prenant ensuite la parole, le secrétaire général du syndicat, Michel Boucka, a salué la confiance accordée par les personnels de santé lors des élections professionnelles. Selon lui, cette victoire marque un tournant majeur dans l’histoire du syndicalisme gabonais. « Cette victoire n’est pas celle d’un homme ni celle d’un bureau exécutif. C’est la victoire de tous les agents de santé qui ont cru qu’un changement était possible », a-t-il déclaré.
Il a expliqué que, dès leur installation, les responsables du syndicat avaient choisi de privilégier une méthode fondée sur le dialogue, la concertation permanente et le respect des institutions. Dans ce cadre, un cahier de revendications détaillé a été transmis aux autorités compétentes.
Celui-ci porte notamment sur : la régularisation des situations administratives des agents ; l’intégration des personnels remplissant les conditions requises ; la mise à disposition des postes budgétaires ; le paiement des rappels de salaires ; les reclassements et avancements ; l’amélioration des conditions de travail ; la modernisation des plateaux techniques ; la valorisation des carrières ; la transparence dans la gestion des ressources humaines et le respect des libertés syndicales.
Les premiers résultats des discussions avec le gouvernement
Le secrétaire général a indiqué que ces revendications ont été examinées dans le cadre de la commission tripartite réunissant le gouvernement et les partenaires sociaux. À l’issue de ces échanges, plusieurs engagements auraient été pris par les autorités. Parmi eux figurent l’accélération du traitement des dossiers administratifs, la poursuite des intégrations et titularisations, l’examen des postes budgétaires, le paiement progressif de certains rappels administratifs ainsi que le renforcement du dialogue social. Pour autant, Michel Boucka estime que le plus difficile commence désormais. « Les conclusions obtenues constituent une étape importante, mais elles ne représentent pas une fin en soi. Notre mission consiste désormais à veiller à leur mise en œuvre effective », a-t-il insisté.
Il a assuré que le syndicat poursuivra ses démarches auprès des administrations concernées afin d’obtenir un calendrier précis d’exécution des engagements pris.
« Nous privilégions toujours le dialogue, mais nous resterons vigilants. Notre responsabilité est de défendre les travailleurs tout en préservant la stabilité du secteur de la santé », a-t-il ajouté.
Très attendue par les adhérents, la présidente du Syndicat Urgence Santé Gabon, Marie Blanche Ntolo Esso, a reçu un accueil particulièrement chaleureux. Elle a d’abord remercié les agents de santé qui ont massivement porté le syndicat à la tête des élections professionnelles. Pour elle, cette victoire confirme la confiance placée dans une organisation née exclusivement pour défendre les intérêts des professionnels de santé. Elle a rappelé que les premières revendications concernaient les reclassements, les titularisations, les intégrations, les rappels administratifs et le recrutement des jeunes diplômés, dans un contexte où les structures sanitaires souffrent d’un manque important de personnel. La présidente a surtout insisté sur la philosophie de fonctionnement du syndicat. « Urgence Santé appartient à ses adhérents. Ce n’est pas le Bureau exécutif qui décide. C’est la base qui décide. Notre rôle consiste simplement à porter vos préoccupations auprès des autorités compétentes », a-t-elle déclaré. Elle a invité les agents à continuer de faire remonter les difficultés rencontrées dans les différents établissements de santé afin d’alimenter les travaux de la commission de suivi.
La commission de suivi au cœur des attentes
Marie Blanche Ntolo Esso a indiqué que le syndicat participe désormais aux travaux de la commission de suivi mise en place après la commission tripartite. Cette commission est chargée d’évaluer l’évolution des principaux dossiers administratifs. Parmi les sujets examinés figurent notamment les recrutements, les intégrations des agents affectés sans salaire, les reclassements, les avancements, les titularisations ainsi que les postes budgétaires annoncés par le gouvernement. La présidente a notamment évoqué la situation des jeunes diplômés, des agents en attente d’intégration à la Fonction publique, mais aussi celle des infirmiers bloqués depuis parfois plus de vingt ans dans la même catégorie administrative. Elle a insisté sur la nécessité d’obtenir des résultats concrets et une meilleure transparence dans le traitement de ces dossiers. Interrogée par la presse à l’issue de l’assemblée générale, Marie Blanche Ntolo Esso a également évoqué les orientations données récemment par le Président de la République concernant l’amélioration de l’accueil des patients dans les structures sanitaires.
Selon elle, le syndicat entend pleinement accompagner cette dynamique. Des séances de sensibilisation et de formation destinées aux personnels de santé devraient être organisées afin d’améliorer les relations avec les usagers. Toutefois, la présidente estime que la qualité de l’accueil dépend également du bien-être des agents.
« Un infirmier qui attend son reclassement depuis vingt ans ou un agent qui travaille sans salaire ne peut pas exercer dans les meilleures conditions. Régulariser les situations administratives contribuera aussi à améliorer la qualité du service rendu aux patients », a-t-elle expliqué.
Un syndicat tourné vers l’action
Au terme de plusieurs heures d’échanges, les responsables du Syndicat Urgence Santé Gabon ont réaffirmé leur volonté de poursuivre le dialogue avec les pouvoirs publics tout en maintenant une vigilance constante sur la mise en œuvre des engagements pris. Le bureau exécutif entend désormais renforcer son implantation sur l’ensemble du territoire national à travers l’installation des bureaux provinciaux, tout en poursuivant son combat pour la régularisation des situations administratives, l’amélioration des conditions de travail, la modernisation des infrastructures sanitaires et la valorisation des carrières des professionnels de santé.
Porté par une victoire électorale historique et une forte mobilisation de sa base, le SUS-GA affiche désormais son ambition de s’imposer comme un interlocuteur incontournable du dialogue social dans le secteur de la santé au Gabon.