Drame au CHU d’Owendo, protection des agents, conditions de travail et gestion des carrières, le Syndicat Urgence Santé du Gabon (SUS-GA) interpelle l’administration et appelle à l’établissement de toute la vérité.
Le Syndicat Urgence Santé du Gabon (SUS-GA) hausse le ton. Dans une déclaration de son Bureau exécutif, lue par le Secrétaire Général, Michel Boucka Nzigou, l’organisation syndicale revient sur la situation survenue le 18 avril 2026 au Centre hospitalier universitaire d’Owendo (CHUO), à la suite du décès d’une patiente et de son bébé au cours d’une prise en charge médico-chirurgicale. Tout en adressant ses condoléances à la famille endeuillée, le syndicat entend replacer cette affaire dans un cadre à la fois judiciaire, professionnel et institutionnel. Pour le SUS-GA, la recherche de la vérité sur les circonstances de ce drame ne doit pas conduire à occulter les droits et les garanties dont doivent bénéficier les professionnels de santé dans l’exercice de leurs fonctions. Dans son document, le Bureau exécutif fait également état d’une procédure judiciaire engagée à l’encontre de deux personnels de santé, présentés comme une résidente et une sage-femme, qui se trouvaient en fonction au moment des faits. Le syndicat dit suivre la situation avec une « profonde préoccupation » et appelle au respect des principes de droit applicables à toutes les parties.
Pour le Syndicat Urgence Santé du Gabon, le décès d’une mère et de son bébé constitue avant tout un drame humain qui mérite compassion et respect. L’organisation syndicale affirme reconnaître pleinement le droit de la famille à connaître les circonstances exactes ayant conduit à cette disparition. Mais parallèlement à cette quête de vérité, le SUS-GA estime qu’il convient de déterminer les faits de manière objective, en prenant en compte l’ensemble des éléments disponibles. Au cours de ce point de presse qui a eu pour cadre son siège provisoire, sis à Akébé-vill, dans le 3e arrondissement de Libreville, le syndicat cite notamment les données médicales, les témoignages, les actes accomplis, les prescriptions, les circonstances de la prise en charge ainsi que, lorsque cela s’avère nécessaire, les expertises médicales appropriées. Cette approche, selon le SUS-GA, doit permettre de distinguer les faits établis des responsabilités éventuellement engagées, mais également de replacer les actes médicaux dans les conditions concrètes dans lesquelles les professionnels ont exercé leur mission.
Le SUS-GA ne veut pas se substituer à la justice
Sur le volet judiciaire, le syndicat se veut prudent. Il affirme croire aux institutions judiciaires et à leur capacité à rechercher la vérité. Le Secrétaire Général de SUS-GA, Michel Boucka Nzigou précise ainsi qu’il ne souhaite « ni se substituer à la justice, ni interférer dans le déroulement de la procédure en cours ». Toutefois, cette réserve n’empêche pas l’organisation syndicale de défendre les intérêts de ses membres et, plus largement, les droits des travailleurs du secteur de la santé. Dans ce contexte, l’ensemble des personnels de santé sollicite, selon le document, la libération provisoire des deux collaboratrices maintenues sous mandat de dépôt. Pour le syndicat, cette demande s’inscrit dans une démarche syndicale visant à garantir que les professionnels concernés puissent bénéficier des garanties attachées à leur situation juridique, sans préjuger de l’issue de la procédure judiciaire. Le SUS-GA insiste donc sur la nécessité de laisser les institutions compétentes établir les responsabilités à partir d’éléments vérifiables et contradictoires.
Au-delà de l’affaire du CHU d’Owendo, la communication du Secrétaire Général de SUS-GA porte un message plus général sur la protection des travailleurs du secteur sanitaire. Michel Boucka Nzigou affirme avoir reçu des informations faisant état d’une situation dans laquelle les droits de deux travailleurs du secteur de la santé auraient été mis à mal, sans qu’une information officielle de la hiérarchie ne soit, selon lui, parvenue au syndicat. Cette situation préoccupe l’organisation, qui rappelle que les personnels de santé demeurent des agents publics bénéficiant de droits et de garanties prévus par les textes. Le SUS-GA fait notamment référence à la loi n°001/2005 du 4 février 2005 portant statut général de la Fonction publique. Le syndicat rappelle les dispositions relatives à la Fonction publique hospitalière ainsi que celles concernant la protection sociale et sanitaire des agents publics. Il met également en avant le droit des agents à bénéficier de conditions d’hygiène et de sécurité permettant de préserver leur santé physique et mentale. Pour le syndicat, ces principes prennent une importance particulière dans le secteur de la santé, où les agents sont quotidiennement confrontés à des situations d’urgence, à une forte pression professionnelle et à des responsabilités importantes.
La protection contre les menaces et les agressions au cœur du débat
Le SUS-GA rappelle également les dispositions relatives à la protection des agents publics contre les menaces, agressions, outrages, injures ou diffamations dont ils pourraient faire l’objet dans l’exercice ou à l’occasion de leurs fonctions. Pour l’organisation syndicale, ces dispositions ne peuvent rester de simples références juridiques inscrites dans les textes. Le syndicat estime que l’administration doit concrètement assurer la protection de ses personnels lorsqu’ils accomplissent leurs missions de service public. Cette question est d’autant plus importante, selon le SUS-GA, que les professionnels de santé travaillent dans des environnements parfois difficiles, marqués par l’urgence, la pression des familles, le manque de moyens ou encore les contraintes liées à l’organisation des services.
La communication syndicale comporte également une série d’interrogations portant sur le fonctionnement du Centre hospitalier universitaire d’Owendo. Le SUS-GA s’interroge notamment sur les capacités du CHUO à assurer efficacement la prise en charge des urgences, en particulier durant les week-ends. Le syndicat questionne ainsi la situation dans laquelle un centre hospitalier présenté comme une structure de référence traumatologique ne disposerait, selon les informations dont il fait état, que d’une seule salle de bloc opératoire disponible durant le week-end pour les urgences. Pour le syndicat, cette question mérite une réponse claire de la part de l’administration sanitaire. L’organisation s’interroge également sur la composition des équipes affectées au bloc opératoire et sur la répartition des responsabilités entre les différents personnels mobilisés. Elle pose notamment la question de savoir comment une équipe médicale composée de plusieurs agents peut fonctionner lorsque seuls deux agents sont placés sous mandat de dépôt, alors que ces derniers, selon le syndicat, ne disposeraient pas d’un pouvoir décisionnel dans le bloc opératoire.
Des équipements et des délais de prise en charge en question
Autre interrogation soulevée par le SUS-GA : les éventuelles difficultés techniques susceptibles de provoquer des retards dans la prise en charge des patients. Pour le syndicat, la disponibilité et le bon fonctionnement des équipements médicaux constituent des éléments essentiels de la qualité des soins. Dans les situations d’urgence, chaque étape de la chaîne de prise en charge doit pouvoir être assurée dans des conditions permettant aux équipes médicales de réagir rapidement. Le patron de l’administration de SUS-GA souhaite donc que soient examinées les conditions matérielles et organisationnelles dans lesquelles les professionnels de santé ont exercé au moment des faits. Cette démarche, estime le syndicat, permettrait de mieux comprendre la chronologie des événements et de déterminer si d’éventuelles difficultés structurelles ont pu avoir une incidence sur la prise en charge.
La déclaration de SUS-GA ne se limite toutefois pas au seul dossier du CHUO. Le syndicat dresse un constat plus général de la situation dans plusieurs structures sanitaires du pays. Il évoque notamment des difficultés de gestion financière, des problèmes liés aux carrières, la situation administrative de certains agents ainsi que des tensions entre personnels et responsables d’établissements. Le syndicat dénonce notamment des situations dans lesquelles des personnels de santé seraient, selon lui, menacés ou intimidés par certains responsables de structures.
Pour le SUS-GA, de telles pratiques ne sont pas compatibles avec un environnement professionnel sain et respectueux des droits des travailleurs.
La question des carrières et des avancements
Le Bureau exécutif aborde également la question des carrières des fonctionnaires.
Il s’interroge sur la décision de proposer des mesures d’avancement au mérite dans un contexte où, selon lui, les carrières des fonctionnaires seraient bloquées depuis plusieurs années. Le syndicat regrette surtout que les partenaires sociaux ne soient pas, affirme-t-il, suffisamment associés en amont à ce type de décisions.
Pour le SUS-GA, le dialogue social doit accompagner les grandes décisions concernant la carrière des agents publics.
L’organisation considère que la gestion des ressources humaines dans le secteur de la santé ne peut être dissociée de la qualité du service public. Parmi les autres dossiers évoqués figure celui de 226 agents APB, qui attendraient, selon le syndicat, des postes budgétaires depuis plus de vingt ans. Le SUS-GA souligne que ces agents participeraient pourtant activement au fonctionnement du système de santé publique. Cette situation, estime le syndicat, pose la question de la reconnaissance administrative et professionnelle de personnels qui contribuent depuis de longues années au fonctionnement des structures sanitaires. Pour l’organisation, la résolution de ces dossiers devrait faire partie des priorités de la gestion des ressources humaines dans le secteur de la santé. Le syndicat interpelle également l’administration sur la situation des dossiers de la MONP, qu’il affirme être toujours en souffrance.
Le Code du travail invoqué
Pour appuyer son argumentaire, le SUS-GA se réfère également au Code du travail gabonais, notamment à la loi n°022/2021 du 19 novembre 2021. Le syndicat rappelle que ce texte consacre plusieurs dispositions relatives à la sécurité et à la santé au travail. Il cite notamment les règles générales applicables en matière de sécurité et de santé au travail ainsi que les obligations de l’employeur en matière de prévention des risques professionnels. Le SUS-GA insiste particulièrement sur l’obligation de mettre à la disposition des travailleurs un cadre de travail sain et adapté, ainsi que des installations et équipements appropriés. Pour le syndicat, ces obligations prennent une dimension particulière dans les établissements hospitaliers, où les conditions de travail ont une incidence directe sur les personnels comme sur les patients.
Au terme de sa communication, le SUS-GA réaffirme trois principes qu’il considère comme fondamentaux : la protection du travailleur est un droit, le respect des textes est une obligation pour tous et la dignité du personnel de santé doit être préservée. Cette position traduit la volonté du syndicat de faire de l’affaire du CHU d’Owendo un point de départ pour un débat plus large sur la situation des personnels de santé au Gabon. Le SUS-GA estime que la responsabilité de l’administration ne doit pas seulement être envisagée sous l’angle disciplinaire ou hiérarchique. Elle doit également intégrer son obligation de protéger les agents placés sous son autorité.
Pour une clarification complète des responsabilités
En définitive, le Syndicat Urgence Santé du Gabon demande que toute la lumière soit faite sur le drame survenu au CHU d’Owendo. Pour le syndicat, la vérité doit être recherchée dans la sérénité, sur la base des faits et des éléments médicaux disponibles, sans conclusions hâtives.
L’organisation syndicale estime également que la justice doit pouvoir travailler dans les meilleures conditions afin de déterminer les responsabilités éventuelles. Mais parallèlement, elle demande à l’administration sanitaire de prendre ses responsabilités en matière de protection des personnels, d’amélioration des conditions de travail et de règlement des dossiers administratifs en souffrance. À travers ce point de presse, le SUS-GA pose donc un double enjeu : rendre justice à la famille de la victime tout en garantissant les droits des professionnels de santé.
Une équation délicate, mais essentielle pour préserver la confiance dans le système de santé et garantir à la fois la sécurité des patients et la protection de ceux qui ont pour mission de les soigner.
Le syndicat conclut en dénonçant ce qu’il qualifie de « management caduc » dans certaines structures sanitaires et appelle à une nouvelle approche de la gouvernance hospitalière, fondée sur le respect des textes, le dialogue social, la protection des travailleurs et l’amélioration des conditions de prise en charge des populations. Le dossier reste désormais entre les mains des autorités judiciaires et administratives, auxquelles revient la responsabilité d’établir les faits, de déterminer les éventuelles responsabilités et de tirer, le cas échéant, les enseignements nécessaires pour éviter que de telles situations ne se reproduisent.