Ngounié / Louetsi-Bibaka / Malinga : la fête de l’Indépendance entre décorations, défilé et plaidoyer pour le développement local

À l’instar des autres localités du Gabon, la commune de Malinga, chef-lieu du département de la Louetsi-Babaka, dans la province de la Ngounié, a célébré avec ferveur le 66e anniversaire de l’indépendance du Gabon. Une commémoration qui a réuni les autorités administratives, municipales, les forces de défense et de sécurité, les personnels des services publics et privés, ainsi que les populations. À Malinga, la célébration de cette fête nationale n’a pas été réduite à un simple rendez-vous protocolaire. Elle a constitué un moment de rassemblement, de mémoire et de reconnaissance, mais également une occasion pour les autorités locales de mettre en lumière les avancées enregistrées dans le département et de rappeler les difficultés auxquelles demeurent confrontées les populations. La cérémonie a notamment été marquée par la remise de distinctions honorifiques, le traditionnel défilé, la transmission d’un appui financier du chef de l’État aux populations, mais aussi par un échange autour des principaux défis de développement de la localité.

L’un des temps forts de cette commémoration a été la cérémonie de remise des distinctions honorifiques. À travers les différentes décorations décernées, la République a voulu reconnaître les mérites de plusieurs citoyens ayant consacré une partie de leur vie professionnelle et sociale au service de la collectivité. Dans l’Ordre national de l’Étoile équatoriale, deux personnes ont été distinguées : une au grade d’officier et une autre au grade de chevalier. Dans l’Ordre national du Mérite gabonais, six personnes ont, quant à elles, reçu des médailles au grade de chevalier. Cette séquence a été particulièrement appréciée par les populations, qui ont vu dans ces distinctions une reconnaissance publique du travail, de l’engagement et de la contribution de ces différents acteurs à la vie de la communauté. Au-delà des personnes décorées, c’est aussi le principe de la reconnaissance du mérite qui a été mis en avant.

Le défilé, autre moment fort de la cérémonie

Après la remise des décorations, place a été faite au traditionnel défilé commémoratif. Le défilé militaire a été placé sous la direction du gouverneur militaire, l’adjudant-chef Éric Paterne Moundounga. Les forces de défense et de sécurité ont ouvert la marche, dans une atmosphère empreinte de solennité et de discipline. Le passage des militaires et des personnels chargés de la sécurité a été suivi par celui des différents services administratifs et des composantes de la société locale. Les personnels des administrations publiques, des sociétés et autres structures implantées dans la commune et les colonies étrangères ont ainsi défilé devant les autorités et la population. Les groupes culturels ont également apporté leur contribution à cette célébration. À travers leurs différentes prestations, ils ont rappelé l’importance du patrimoine culturel dans la construction de l’identité nationale. Le défilé aura ainsi permis de réunir, dans un même espace, les forces de défense et de sécurité, l’administration, les acteurs économiques, les organisations locales et les représentants de la société civile.

La fête nationale a également été l’occasion pour le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, et son épse, Zita Oligui Nguema, de témoigner leur solidarité aux populations de Malinga.
Une enveloppe globale de 4 millions de francs CFA a été transmise aux populations par l’intermédiaire des autorités locales, notamment le préfet Albert Mayombo Ifounga. Présentée comme une contribution destinée à permettre aux populations de passer la fête dans de bonnes conditions, cette aide a fait l’objet de précisions sur sa répartition.
Au cours de la cérémonie, l’autorité administrative a insisté sur la nécessité d’une gestion transparente et responsable de ces fonds. Une enveloppe de 2,5 millions de francs CFA devait être remise au maire de la commune de Malinga, Ferdinand Bandoungou Bikabika, afin de contribuer aux besoins des populations. Une autre enveloppe de 1,5 million de francs CFA était destinée à accompagner la poursuite des festivités au niveau départemental. Le message délivré à cette occasion était clair : ces fonds doivent être utilisés conformément à leur destination et dans l’intérêt des populations. Cette mise au point intervient dans un contexte où les autorités souhaitent davantage de transparence dans la gestion des ressources destinées aux collectivités et aux communautés locales.

Le préfet satisfait du déroulement des manifestations

Au terme des différentes activités, le préfet du département de la Louetsi-Babaka, Albert Mayombo Ifounga, a exprimé un sentiment de satisfaction. Le représentant de l’État a d’abord adressé ses remerciements au président de la République, chef de l’État, pour avoir permis l’organisation de cette grande cérémonie dans la commune de Malinga. Pour le préfet, cette célébration était également l’occasion de faire le point sur la situation du département et sur les différentes initiatives engagées au profit des populations. Il a notamment évoqué les chantiers lancés dans la commune et dans le département, estimant que leur réalisation constitue l’une des manifestations concrètes de la volonté des pouvoirs publics de rapprocher le développement des populations. Revenant sur les différents projets engagés dans le département, Albert Mayombo Ifounga a souligné que les niveaux d’avancement étaient variables. Certains chantiers seraient aujourd’hui à un niveau d’achèvement proche de 90 %, tandis que d’autres se situeraient autour de 50 %. Certains projets, en revanche, accusent encore un retard important, avec des niveaux de réalisation estimés à environ 5 %.

Pour le préfet, l’enjeu consiste désormais à maintenir le suivi de ces différents projets afin que les travaux engagés puissent être menés à leur terme.
Cette question revêt une importance particulière dans une zone où les infrastructures constituent un facteur essentiel pour le désenclavement, la mobilité des populations et le développement des activités économiques. Parmi les infrastructures considérées comme prioritaires figure la route nationale reliant Lébamba-Bigou à Malinga. Le projet, confié à la société EBOMAF, est perçu localement comme une infrastructure majeure pour le désenclavement du département. La réalisation de cette route doit notamment permettre d’améliorer les conditions de circulation, de faciliter les échanges commerciaux et de rapprocher Malinga des autres grands pôles d’activité du pays. Mais le préfet a également attiré l’attention sur l’état des voies secondaires.
Il a notamment cité la route de Goutteix, dont l’état de dégradation constitue une difficulté importante pour les usagers. Selon lui, cette route est aujourd’hui dans une situation particulièrement préoccupante et nécessite une intervention des pouvoirs publics, notamment du ministère en charge des Travaux publics. « Nous sollicitons les pouvoirs publics, surtout les Travaux publics, pour réhabiliter cette route, Malinga-Rébé », a-t-il expliqué, rappelant lui-même avoir été confronté aux difficultés liées à son état lors d’un déplacement. La réhabilitation de cet axe apparaît donc comme une demande forte des populations et des autorités locales.

Le conflit homme-éléphant au cœur des préoccupations

Mais au-delà des routes, une autre problématique demeure particulièrement préoccupante dans le département, celle du conflit homme-éléphant. Dans plusieurs zones rurales de la Louetsi-Babaka, les populations dépendent largement de l’agriculture pour leur alimentation et leurs revenus. Or, la présence récurrente des éléphants dans les zones agricoles entraîne la destruction de nombreuses plantations. Pour les habitants, cette situation représente une menace directe pour leurs moyens de subsistance. Le préfet a fait du règlement de cette problématique l’une des principales préoccupations à transmettre aux pouvoirs publics. Selon lui, la question du conflit homme-éléphant figure en bonne place parmi les doléances des populations. L’enjeu dépasse donc la simple protection des cultures. Il touche directement à la question de l’autosuffisance alimentaire. Si les agriculteurs ne peuvent pas sécuriser leurs plantations, ils sont contraints de se tourner vers les marchés extérieurs pour se procurer une partie des produits alimentaires dont ils ont besoin. Albert Mayombo Ifounga estime ainsi que la protection des exploitations agricoles doit constituer une priorité. Pour lutter contre les incursions des éléphants, des dispositifs de barrières électriques ont commencé à être installés.
Cependant, leur efficacité reste confrontée à plusieurs difficultés.

Selon le préfet, les éléphants parviennent parfois à contourner les dispositifs ou à endommager certains équipements. Certains poteaux auraient ainsi été renversés, tandis que des équipements solaires alimentant les installations auraient également été endommagés. Avec une pointe d’humour, Albert Mayombo Ifounga a relevé l’ingéniosité surprenante de ces animaux, soulignant la nécessité de concevoir des systèmes de protection suffisamment robustes pour résister à leurs passages répétés. Pour les populations, l’objectif demeure pourtant essentiel, celui de pouvoir cultiver leurs terres sans craindre de voir leurs plantations détruites. La question de l’eau potable constitue également un sujet de préoccupation majeur. Le préfet a fait état de l’existence de plusieurs ouvrages hydrauliques, dont certains ne seraient plus fonctionnels. Cette situation oblige les populations à faire face à des difficultés quotidiennes pour satisfaire leurs besoins domestiques.
Or, comme l’a rappelé le représentant de l’État, l’eau constitue une nécessité fondamentale pour la vie quotidienne. La disponibilité de l’eau conditionne aussi bien l’hygiène que la préparation des repas et les activités professionnelles. La réhabilitation et la maintenance des ouvrages existants apparaissent donc comme une nécessité pour améliorer les conditions de vie des habitants.

Malinga réclame également une meilleure couverture téléphonique

Autre difficulté soulevée est celle de l’accès aux télécommunications. La couverture du réseau demeure insuffisante dans plusieurs secteurs du département, ce qui contribue à isoler davantage les populations. L’autorité administrative a ainsi appelé les pouvoirs publics à renforcer la couverture en téléphonie mobile et à améliorer l’accès à Internet, notamment grâce à la 4G. Dans une société où les télécommunications occupent une place centrale dans les échanges économiques, administratifs et sociaux, le désenclavement numérique est devenu un enjeu de développement à part entière. Pour les autorités locales, il ne suffit donc plus de désenclaver Malinga par les routes. Il faut également la connecter au reste du pays par les réseaux de communication. Face à ces nombreux défis, le préfet a également lancé un appel aux professionnels des médias. Il a souhaité voir la presse effectuer davantage de déplacements dans le département afin de rendre compte des réalités vécues par les populations. Pour Albert Mayombo Ifounga, les médias peuvent contribuer à faire connaître les difficultés locales, mais aussi à valoriser les réalisations engagées. La présence régulière de la presse permettrait également de mieux suivre l’évolution des différents chantiers et de maintenir le débat public autour des questions de développement.

Cette sollicitation intervient dans un contexte où certaines localités de l’intérieur du pays restent relativement peu couvertes par les médias nationaux. Cette célébration a également permis de revenir sur l’histoire administrative de Malinga et de la Louetsi-Babaka. Le 13 mars 1968, un poste de contrôle administratif (PCA) a été créé à Malinga. Au cours de la même année, la localité a été érigée en district. Le premier responsable de cette administration fut Moïse Meyo, qui exerça de 1968 à 1970.
Quelques années plus tard, la localité a poursuivi son évolution administrative. Jean-Claude Olouba fut le premier sous-préfet, de 1975 à 1976. Le 24 janvier 1983, Malinga est devenue le chef-lieu du département de la Louetsi-Babaka.
Le premier préfet du département fut Pierre Modeste Ibouanga, qui occupa cette fonction de 1981 à 1983. Cette évolution administrative témoigne de l’importance progressive prise par Malinga dans l’organisation territoriale de la province de la Ngounié.

De la collectivité rurale au Conseil départemental

Sur le plan de l’administration locale, la collectivité rurale de la Louetsi-Babaka a été créée en 1987. Elle sera ensuite transformée en Conseil départemental de la Louetsi-Babaka en 1997. Le premier président du Conseil de la collectivité rurale fut Victor Mwinga. Après la transformation institutionnelle, le premier président du Conseil départemental fut Élie Ngoungourou. Cette évolution accompagne la montée en puissance des collectivités locales dans la gestion des affaires du territoire. Malinga a été érigée en commune de plein exercice en 1996. Le premier maire de la commune fut Norbert Magninga.
Plusieurs responsables se sont ensuite succédé à la tête de la municipalité, notamment Victor Mwinga, Pascal Youbi Batsouaka et feu Vincent de Paul Diki.
La mairie est aujourd’hui dirigée par Ferdinand Bandoungou Bikabika, plus connu sous le pseudonyme de Ngosselé.
Cette histoire municipale constitue un autre volet de l’évolution de Malinga, qui est progressivement passée d’une administration territoriale à une collectivité locale disposant de ses propres structures de gouvernance. À Malinga, la célébration du 66e anniversaire de l’indépendance aura donc revêtu plusieurs dimensions. Elle aura d’abord été un moment de communion nationale, permettant aux habitants de célébrer l’accession du Gabon à la souveraineté internationale. Elle aura ensuite été une occasion de rendre hommage au mérite, à travers la distinction de plusieurs citoyens dans les ordres nationaux.

Le défilé militaire, administratif et culturel aura, pour sa part, permis de mettre en évidence la mobilisation des différentes composantes de la société locale. Enfin, la cérémonie aura servi de tribune pour rappeler les attentes des populations : routes, eau potable, électricité, télécommunications, protection des plantations contre les éléphants et achèvement des différents chantiers. À travers les propos du préfet Albert Mayombo Ifounga, Malinga apparaît ainsi comme une localité qui entend accompagner la dynamique de transformation du pays impulsée par le Chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema, tout en appelant les pouvoirs publics à prendre davantage en compte les réalités particulières de l’arrière-pays. Le 66e anniversaire de l’indépendance aura donc été célébré dans la fierté et la solennité, mais également dans l’espoir de voir les nombreux projets annoncés et engagés se concrétiser. Car pour les populations de Malinga, la célébration de l’indépendance prend tout son sens lorsque celle-ci s’accompagne d’une amélioration concrète des conditions de vie, d’un meilleur accès aux services essentiels et d’un véritable désenclavement du territoire. À Malinga, la fête nationale aura ainsi été à la fois un hommage à la République, une reconnaissance envers ceux qui la servent et un plaidoyer pour un développement plus équilibré du département de la Louetsi-Babaka.

Don't Miss