Entrepreneuriat : la « Mallette de la femme entrepreneure » veut sillonner les neuf provinces du Gabon

Initiée par Patricia Bruant Kessany, la « Mallette de la femme entrepreneure » ambitionne de franchir une nouvelle étape dans l’accompagnement des acteurs économiques au Gabon. Une réunion préparatoire tenue dernièrement au ministère de la Jeunesse et des Sports a permis de réunir plusieurs femmes leaders et formatrices autour de la conception d’un vaste programme national destiné aux femmes et aux hommes entrepreneurs, artisans, agriculteurs, commerçants, prestataires de services et autres acteurs d’intérêt économique. Le projet prévoit une véritable épopée nationale à travers les neuf provinces du pays.

Au Gabon, l’entrepreneuriat occupe une place de plus en plus importante dans les parcours professionnels et dans les stratégies individuelles de création de revenus. Chaque jour, de nombreuses femmes et de nombreux hommes développent des activités dans le commerce, l’artisanat, l’agriculture, les services, le numérique ou encore dans différents secteurs de l’économie locale.
Pourtant, derrière cette dynamique, subsistent de nombreuses difficultés liées à la structuration, à la gestion, à l’organisation et au développement des activités. C’est précisément à cette problématique que souhaite répondre la « Mallette de la femme entrepreneure », une initiative portée par Patricia Bruant Kessany, initiatrice et coordinatrice générale du projet. Une réunion préparatoire tenue dernièrement au ministère de la Jeunesse et des Sports a constitué une étape importante dans la préparation de cette initiative. Autour de la table, plusieurs femmes appelées à jouer un rôle dans la conception et la mise en œuvre du programme ont travaillé sur les différents contours du dispositif. L’objectif affiché est de construire un programme de formation et d’accompagnement capable de sortir des cadres classiques et d’aller directement à la rencontre des personnes qui entreprennent déjà sur le terrain.

La philosophie du projet peut se résumer en une formule : aller vers les entrepreneurs plutôt que de les attendre. Pour les initiatrices de la « Mallette de la femme entrepreneure », de nombreuses personnes disposent déjà d’un savoir-faire, d’une activité, parfois même d’une clientèle, mais ne maîtrisent pas toujours les outils nécessaires pour faire évoluer cette activité vers une entreprise organisée et durable.
Une commerçante peut, par exemple, avoir développé une clientèle sans disposer de méthodes de gestion suffisamment structurées. Une agricultrice peut produire régulièrement sans toujours maîtriser les mécanismes de commercialisation ou de planification. Un artisan peut posséder un savoir-faire reconnu tout en rencontrant des difficultés pour formaliser son activité, développer sa communication ou améliorer sa gestion. Le constat est donc celui d’un potentiel entrepreneurial déjà présent, mais qui a besoin d’être davantage accompagné.
« Ces personnes ont déjà des activités, mais ne savent pas toujours comment elles doivent s’organiser pour que leurs activités deviennent des entreprises attractives et pérennes », a expliqué Patricia Bruant Kessany. La « Mallette » veut précisément intervenir à ce niveau, en apportant des outils permettant de mieux comprendre les différentes étapes de la vie d’une activité économique. Il ne s’agit donc pas uniquement d’apprendre à produire ou à vendre. Le programme veut également aborder les questions liées à l’organisation, à la planification, à la gestion, au développement commercial, au pilotage et à la pérennisation.

De l’activité à l’entreprise

Derrière le concept, il y a une volonté de favoriser une véritable transformation des pratiques entrepreneuriales. Pour les initiatrices, l’enjeu consiste à aider les bénéficiaires à passer d’une logique d’activité à une logique d’entreprise. Cette évolution suppose notamment de comprendre les mécanismes de fonctionnement d’une entreprise, de mieux gérer ses ressources, d’anticiper les charges, d’identifier ses marchés, de développer sa clientèle et de réfléchir à la croissance de son activité. La « Mallette de la femme entrepreneure » veut ainsi mettre à la disposition des bénéficiaires un ensemble de connaissances et de compétences susceptibles de les accompagner dans cette transition. Le dispositif devrait s’adresser aussi bien à celles et ceux qui sont au début de leur parcours qu’à des entrepreneurs ayant déjà plusieurs années d’expérience, mais souhaitant renforcer leurs capacités. Cette approche explique également l’importance accordée à la diversité des profils qui composent l’équipe chargée de construire le programme. Pour Patricia Bruant Kessany, le concept de « Mallette » repose avant tout sur la mise en commun des compétences. « La Mallette, ce sont les différentes expertises qui sont fédérées. C’est la synergie de toutes ces expertises-là qu’on va appeler la Mallette », a-t-elle expliqué. L’idée est donc de réunir différentes compétences afin de constituer un dispositif pédagogique suffisamment large pour répondre à la diversité des besoins. Cette logique de mutualisation concerne également les membres de l’équipe appelés à intervenir dans le cadre du programme. Petronie Moussambi, coordinatrice générale adjointe, a ainsi expliqué que les travaux préparatoires portent actuellement sur le plan d’action et sur l’élaboration des différents modules de formation. « Nous sommes en train de travailler sur le plan d’action à déployer sur le terrain par rapport à la Mallette. Et nous travaillons aussi sur les modalités, l’élaboration des différents modules de formation », a-t-elle indiqué. La réunion du ministère de la Jeunesse et des Sports a permis de préciser les contours de ce dispositif et de mieux organiser les différentes compétences disponibles. « Toutes les personnes qui sont là sont des formateurs. Nous allons fédérer, en quelque sorte, les expertises des uns et des autres pour en faire un cahier des charges qu’on va déployer dans un programme de formation », a précisé Petronie Moussambi.
Cette mutualisation constitue l’un des fondements du projet.

Le terme « Mallette » traduit également une conception particulière de la formation. Il ne s’agit pas d’un outil figé contenant un nombre limité de formations prédéfinies. Le dispositif doit pouvoir évoluer en fonction des réalités observées sur le terrain. Les besoins d’une entrepreneure de Libreville ne seront pas nécessairement identiques à ceux d’une agricultrice du Haut-Ogooué ou d’un artisan de la Ngounié. De la même manière, les problématiques d’un commerçant ne seront pas forcément celles d’un professionnel du numérique. Le programme doit donc disposer d’un socle commun, tout en conservant une capacité d’adaptation. Cette flexibilité doit permettre aux formatrices de tenir compte des secteurs d’activité, des niveaux d’expérience et des réalités économiques propres à chaque territoire. La « Mallette » pourrait ainsi être enrichie au fur et à mesure du déploiement de l’initiative, grâce aux retours recueillis auprès des bénéficiaires et à l’arrivée de nouvelles expertises. Malgré son appellation centrée sur la femme entrepreneure, le projet entend également s’adresser aux hommes entrepreneurs. L’objectif est de soutenir plus largement l’activité économique et de contribuer à la diffusion d’une culture entrepreneuriale auprès des Gabonaises et des Gabonais. Les secteurs traditionnels demeurent naturellement concernés.
L’agriculture, l’artisanat et le commerce font partie des domaines dans lesquels de nombreuses personnes exercent déjà une activité. Mais les initiatrices souhaitent également prendre en compte les métiers émergents et les nouvelles formes d’activités liées à l’évolution de l’économie.
Patricia Bruant Kessany a notamment évoqué les métiers du numérique et différents services. « Il n’y a pas que l’artisanat. Nous aurons également les métiers actuels, les métiers qui font dans le numérique, comme le secrétariat, l’échographie, etc., le développement personnel et tout ça dans la Mallette de la femme entrepreneure », a-t-elle souligné.
Cette orientation permet au programme d’intégrer les mutations du monde professionnel et de ne pas limiter l’entrepreneuriat aux secteurs traditionnellement associés au commerce ou à la production.

Installer une véritable culture d’entreprise

Au-delà des compétences techniques, la « Mallette » veut surtout contribuer à faire émerger une culture d’entreprise. Pour Petronie Moussambi, cette dimension constitue l’un des objectifs essentiels du programme. « L’objectif, c’est vraiment de venir initier et apporter auprès des Gabonais la valeur de ce qu’on appelle la culture d’entreprise », a-t-elle déclaré. Cette culture suppose notamment de développer une autre manière de considérer son activité. Une petite activité commerciale, un atelier artisanal, une exploitation agricole ou une prestation de services peuvent devenir de véritables projets économiques lorsqu’ils sont correctement structurés. Il s’agit donc d’encourager les entrepreneurs à mieux définir leurs objectifs, à connaître leurs coûts, à organiser leurs ressources et à anticiper leurs besoins. Cette démarche doit également favoriser une meilleure compréhension des mécanismes de développement d’une entreprise. L’une des principales originalités annoncées par les initiatrices reste cependant le caractère national de l’initiative. La « Mallette de la femme entrepreneure » prévoit une épopée à travers les neuf provinces du Gabon.
L’objectif est d’éviter que le programme reste concentré dans la capitale ou dans quelques grands centres urbains. Les équipes souhaitent aller directement à la rencontre des entrepreneurs dans leurs localités. « Nous allons nous organiser en épopée. C’est une épopée nationale que nous allons faire sur le territoire national », a indiqué Patricia Bruant Kessany. Cette approche territoriale doit permettre de mieux comprendre les réalités locales.
Chaque province possède ses spécificités économiques, ses secteurs d’activité dominants, ses opportunités et ses contraintes. Le déplacement des formatrices sur le terrain doit ainsi permettre d’adapter les contenus aux réalités rencontrées. Cette stratégie devrait également permettre de toucher des personnes qui ne disposent pas toujours de la possibilité de se déplacer vers Libreville pour suivre des formations. Le choix de parcourir les neuf provinces traduit donc une volonté de démocratiser l’accès aux compétences entrepreneuriales. La « Mallette » entend notamment aller vers les femmes et les hommes qui travaillent déjà depuis plusieurs années dans des secteurs comme l’agriculture, le commerce ou l’artisanat. Certains disposent d’un savoir-faire important, mais peuvent être confrontés à des difficultés administratives, financières, commerciales ou organisationnelles. L’intervention des formatrices devra permettre d’identifier ces difficultés et de proposer des outils adaptés. Cette démarche de proximité pourrait également favoriser l’identification de nouvelles initiatives locales et contribuer à valoriser des savoir-faire parfois peu visibles.

Le projet ne se limite pas au territoire national. Les initiatrices envisagent également de mobiliser la diaspora gabonaise, notamment en Europe et aux États-Unis. Patricia Bruant Kessany dispose déjà de plusieurs contacts au niveau international, notamment auprès de compatriotes engagés dans différents réseaux. La présence au Gabon de la coordinatrice générale adjointe du programme en Europe constitue également une opportunité pour renforcer cette dimension. Pour la coordinatrice générale, les compétences disponibles à l’extérieur peuvent participer à la dynamique entrepreneuriale nationale. « Nous allons faire le tour du Gabon, des neuf provinces, pour aller former et peut-être même travailler avec la diaspora, parce que le Gabon ne se limite pas qu’au Gabon, le Gabon est aussi à l’extérieur », a-t-elle expliqué. Cette ouverture pourrait favoriser les échanges d’expériences et permettre aux entrepreneurs gabonais de bénéficier d’expertises issues de différents environnements économiques. Elle pourrait également contribuer à établir des passerelles entre les entrepreneurs installés au Gabon et ceux de la diaspora.
Pour accompagner le déploiement de l’initiative, plusieurs partenariats sont également envisagés. Petronie Moussambi a indiqué que des partenaires et collaborateurs avaient déjà été identifiés. « Nous avons déjà des partenariats qui sont identifiés. Nous allons travailler sur ce dossier », a-t-elle déclaré. La mobilisation de ces partenaires doit permettre de renforcer le dispositif, d’apporter des compétences complémentaires et de faciliter l’organisation des différentes étapes de l’épopée nationale. Le projet devra notamment pouvoir s’appuyer sur des relais locaux capables de faciliter l’identification des bénéficiaires et la mise en place des sessions de formation dans les différentes provinces.

Une équipe appelée à se structurer

La constitution d’une équipe, la répartition des responsabilités, l’identification des formatrices, l’élaboration des modules et la définition du plan d’action figurent parmi les principaux chantiers. Pour Patricia Bruant Kessany, la réussite du projet dépendra en grande partie de la capacité des différentes compétences à travailler ensemble. L’enjeu est donc de passer d’une initiative portée par quelques personnes à un dispositif collectif capable de fonctionner sur l’ensemble du territoire. Cette organisation doit également permettre de garantir une certaine cohérence dans les formations proposées, tout en conservant la souplesse nécessaire pour répondre aux réalités locales. La réunion préparatoire marque ainsi une nouvelle étape dans la concrétisation de la « Mallette de la femme entrepreneure ». Après la phase de réflexion vient désormais celle de l’organisation opérationnelle. Les différents responsables doivent finaliser les documents de travail, harmoniser les contenus, définir les modalités d’intervention et préparer les premières étapes de l’épopée annoncée. Le calendrier présenté prévoit un démarrage prochain des activités de terrain. L’enjeu sera alors de confronter le dispositif aux réalités concrètes des entrepreneurs et d’évaluer sa capacité à répondre aux besoins identifiés. L’un des éléments centraux de la démarche reste la volonté de ne pas considérer les bénéficiaires comme des personnes qui doivent tout apprendre.
La « Mallette » entend au contraire partir de leurs expériences et de leurs savoir-faire.
Une commerçante possède déjà une connaissance de son marché. Un agriculteur maîtrise son activité de production. Un artisan dispose d’un savoir-faire. Un prestataire connaît son métier.

Le rôle du programme sera de compléter ces acquis par des compétences en matière d’organisation, de gestion, de développement et de structuration.
Cette approche pourrait permettre de valoriser les compétences existantes tout en donnant aux entrepreneurs les moyens de mieux exploiter leur potentiel. À travers la « Mallette de la femme entrepreneure », Patricia Bruant Kessany, Petronie Moussambi et leurs équipes affichent une ambition qui dépasse la simple organisation de sessions de formation.
Il s’agit de construire un dispositif fédérateur capable de rassembler des expertises, de rapprocher la formation des populations et d’accompagner les entrepreneurs dans les différentes étapes de leur parcours. L’initiative entend également contribuer à faire évoluer le regard porté sur les activités économiques informelles ou de petite taille, en mettant l’accent sur leur potentiel de structuration et de développement. De l’artisanat à l’agriculture, du commerce aux services, du numérique aux métiers émergents, le programme souhaite couvrir un large éventail d’activités. Son ambition nationale constitue également un élément majeur de son identité. L’épopée nationale annoncée doit permettre de tester et d’adapter le dispositif au fil des étapes. Les réalités rencontrées dans chaque province pourront contribuer à enrichir les modules et à identifier de nouvelles problématiques. Cette démarche pourrait également favoriser la constitution d’un réseau d’entrepreneurs et de formateurs capables de continuer à fonctionner au-delà du passage de l’équipe. La pérennité du projet dépendra ainsi autant de la qualité des formations que de la capacité à créer des relais locaux et à maintenir les liens avec les bénéficiaires.

De l’idée à l’action

Avec la réunion organisée au ministère de la Jeunesse et des Sports, la « Mallette de la femme entrepreneure » entre progressivement dans une phase opérationnelle. La prochaine étape sera celle du terrain, avec le déploiement annoncé dans les différentes provinces.
Pour les initiatrices, le défi sera désormais de transformer les orientations définies autour de la table en actions concrètes auprès des entrepreneurs. La philosophie du projet reste résumée par une idée simple : aller vers celles et ceux qui entreprennent déjà, comprendre leurs réalités, renforcer leurs compétences et les aider à mieux structurer leurs activités. En misant sur la proximité, la mutualisation des expertises, la formation et l’ouverture à la diaspora, la « Mallette de la femme entrepreneure » entend construire un accompagnement adapté aux réalités du Gabon.

L’épopée nationale annoncée dans les neuf provinces constituera la première grande mise à l’épreuve de cette ambition. Au-delà des formations, le projet veut installer une véritable culture entrepreneuriale, en donnant aux femmes et aux hommes qui entreprennent des outils pour mieux organiser, développer et pérenniser leurs activités. De l’idée à l’entreprise, du savoir-faire à la structuration, la « Mallette de la femme entrepreneure » veut ainsi faire de l’accompagnement un levier de transformation des initiatives économiques au Gabon.





Assistant Edu Gabon

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