Gabon : un plan d’urgence ambitieux pour restructurer la filière agricole et réduire la dépendance aux importations

Le gouvernement gabonais franchit une nouvelle étape dans sa stratégie de transformation économique. À la faveur d’une conférence de presse conjointe tenue, hier, mercredi, 26 mars 2026, à l’immeuble interministériel, sis à Baterie IV à Libreville, le ministre de l’Agriculture, de l’Élevage et du Développement rural, Pacôme Kossy, et la ministre du Commerce, des PME-PMI et de l’Entrepreneuriat des jeunes, Zenaba Gninga Chaning, ont présenté les grandes orientations d’un plan d’urgence dédié à la relance de la filière agricole nationale.
Une initiative jugée « stratégique » dans un contexte marqué par une forte dépendance du Gabon vis-à-vis des importations alimentaires.

Dans son propos liminaire, Pacôme Kossy a dressé un état des lieux préoccupant du secteur agricole gabonais. Selon lui, la dépendance du pays aux importations alimentaires constitue à la fois un enjeu économique, social et stratégique. Chaque année, des dizaines de milliards de francs CFA sont mobilisés pour l’achat de produits alimentaires à l’étranger, grevant lourdement la balance commerciale nationale. Une situation qui, au-delà de l’impact financier, limite également la création d’emplois locaux. « Nous exportons en réalité des opportunités. Ce que nous consommons pourrait être produit localement, générant ainsi des emplois et de la valeur ajoutée sur notre territoire », a-t-il déclaré. Le ministre a également souligné que cette dépendance expose le pays aux chocs extérieurs, notamment en cas de crises internationales, de perturbations logistiques ou de flambée des prix sur les marchés mondiaux.

Un plan d’urgence pour une transformation rapide

Face à ce constat, le gouvernement a adopté, lors d’un récent Conseil des ministres, un plan d’intervention d’urgence pour la filière agricole. L’objectif est de mettre en place, à court terme, des mécanismes efficaces pour stimuler la production locale et réduire significativement les importations. Ce plan, qualifié de « perturbation positive » par le ministre de l’Agriculture, vise à corriger les inefficacités structurelles du secteur tout en accélérant sa modernisation. « Nous ne pouvons pas envisager de réduire les importations sans organiser en amont notre capacité de production locale. Ce plan répond à cette exigence », a-t-il expliqué.

Contrairement à une approche sectorielle classique, cette stratégie repose sur une vision intégrée de la chaîne de valeur agricole. Le gouvernement entend désormais intervenir sur l’ensemble des maillons de la chaîne agricole, de la production à la consommation finale.
Cela inclut notamment : la production agricole proprement dite ; le transport et la logistique ; l’accès à l’énergie et à l’eau ; la transformation des produits ; la commercialisation et le marketing ; la distribution vers les marchés et les consommateurs. « Il s’agit de connecter efficacement les producteurs aux marchés. Produire ne suffit plus, il faut écouler, transformer, distribuer et rendre les produits compétitifs », a insisté Pacôme Kossy. Cette approche multisectorielle implique plusieurs départements ministériels, traduisant une volonté gouvernementale de coordination renforcée.

150 exploitations agricoles au cœur du dispositif

L’une des mesures phares du plan est la sélection et l’accompagnement de 150 exploitations agricoles à fort potentiel, sur environ 370 recensées à l’échelle nationale.
Un appel à manifestation d’intérêt a été lancé le 12 mars dernier, avec pour ambition d’identifier jusqu’à 250 promoteurs agricoles. À l’issue du processus de sélection, 150 seront retenus pour bénéficier d’un accompagnement renforcé. Ces exploitants seront appuyés sur plusieurs axes à savoir : la structuration et l’expansion de leurs exploitations ; l’amélioration des capacités de production ;
l’accès au financement ; la transformation en véritables PME agricoles ; l’intégration dans les circuits de commercialisation.
« Une exploitation agricole doit être pensée comme une entreprise. Sa structuration est essentielle pour assurer sa viabilité et sa croissance », a souligné le ministre.

Le gouvernement mise clairement sur le dynamisme du secteur privé pour réussir cette transformation. Pour les autorités, l’État doit jouer un rôle de facilitateur, tandis que la création de richesse doit être portée par les entrepreneurs. « Aucune filière agricole ne peut se développer durablement sans un secteur privé fort. Ce sont les entrepreneurs qui créent l’effet d’entraînement dans l’économie », a affirmé Pacôme Kossy. Dans cette optique, les pouvoirs publics entendent lever les principaux obstacles auxquels font face les promoteurs agricoles, notamment en matière de financement, de structuration et d’accès aux marchés.

Faciliter l’accès au financement et aux marchés

Prenant la parole à son tour, la ministre du Commerce, Zenaba Gninga Chaning, a insisté sur les leviers d’action de son département dans la mise en œuvre de ce plan. Elle a notamment évoqué,
la mise en place de mécanismes de financement adaptés aux PME agricoles ;
la mobilisation de partenaires financiers, au-delà des banques commerciales ;
la structuration des circuits de distribution ;
l’intégration des produits locaux dans les grandes surfaces et réseaux commerciaux.
« Nous devons créer un environnement favorable à l’émergence et à la croissance des PME agricoles. Cela passe par le financement, mais aussi par l’accès au marché », a-t-elle déclaré.

La ministre a également relevé un besoin important en accompagnement technique et organisationnel des entrepreneurs, malgré leur fort potentiel. Pour le gouvernement, ce plan constitue une véritable opportunité pour les jeunes entrepreneurs et les acteurs du secteur agricole. « On parle souvent du manque d’opportunités. Aujourd’hui, il y en a une réelle. Il faut la saisir », a insisté Zenaba Gninga Chaning. Le membre du gouvernement a également salué une « décision courageuse » des plus hautes autorités, visant à impulser une rupture dans le modèle économique actuel.

Vers une économie plus diversifiée et résiliente

Au-delà de la question alimentaire, cette initiative s’inscrit dans une ambition plus large, celle de diversifier l’économie gabonaise, encore fortement dépendante des ressources naturelles. En développant le secteur agricole, le gouvernement espère de réduire la facture des importations ; créer massivement des emplois ; renforcer la sécurité alimentaire ; stimuler la production locale ; améliorer la résilience économique face aux crises internationales. Les deux membres du gouvernement ont lancé un appel aux promoteurs agricoles à se mobiliser et à soumettre leurs candidatures dans les délais impartis.

Ils ont également insisté sur la dimension collective de cette initiative, qui implique plusieurs ministères, ainsi que l’ensemble des acteurs économiques. « C’est un combat national. Nous devons connecter les producteurs aux marchés, aux consommateurs et aux opportunités », ont-ils martelé.
La conférence s’est achevée par une séance de questions-réponses avec les médias, marquant le début opérationnel d’un programme que les autorités espèrent déterminant pour l’avenir agricole et économique du Gabon.

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