FITBO 2026 : le Gabon porte la voix du théâtre africain à Bobo-Dioulasso

Le Festival International de Théâtre de Bobo (FITBO) 2026, organisé du 17 au 23 mai à Bobo-Dioulasso, aura été un moment fort de réflexion, de création et de coopération culturelle africaine. Pour cette édition, le Gabon, invité en qualité de pays d’honneur, a marqué de manière significative cette grand-messe du théâtre africain à travers une participation artistique remarquée et des contributions majeures aux débats sur le financement et l’avenir des festivals culturels en Afrique.
Durant une semaine, artistes, directeurs de compagnies, organisateurs de festivals, formateurs et professionnels de la culture venus de plusieurs pays du continent ont échangé autour des enjeux du théâtre africain, de la transmission artistique et des mécanismes de financement des projets culturels.

La délégation gabonaise était conduite par Rosina Koussou Koumba, présidente de la Fédération Gabonaise de Théâtre (FEGATH) et médiatrice culturelle. Elle était composée de cinq membres à savoir : Stevie Moussirou, directeur de la compagnie Ndossi ; les comédiennes Alvine Mbiumba Safou et Delva Cabrelle Mbongo Odjigui et leur conseiller en communication. La délégation est arrivée le 18 mai 2026, à Ouagadougou avant de rallier Bobo-Dioulasso dans la nuit, après plusieurs heures consacrées aux formalités administratives et aux contrôles de visas. Malgré ce parcours éprouvant, les représentants gabonais ont immédiatement intégré le programme officiel du festival.

Un festival de proximité au service des populations

Le FITBO s’est distingué une nouvelle fois par son modèle atypique et profondément populaire. Contrairement à de nombreux festivals concentrés dans des salles conventionnelles, le Festival International de Théâtre de Bobo privilégie une approche de proximité en installant les spectacles au cœur des quartiers de la ville. Cette philosophie permet de rapprocher les artistes des populations locales et d’offrir au théâtre un véritable ancrage communautaire. Les spectacles, organisés dans différents espaces de la ville, attirent ainsi un public diversifié composé aussi bien de passionnés de culture que d’habitants venus découvrir les créations théâtrales africaines. Le festival a réuni plusieurs délégations africaines, notamment celles du Togo, du Bénin, de la Côte d’Ivoire et du Burkina Faso, pays organisateur.

Chaque matinée était consacrée à des ateliers de formation organisés à la Maison de la Culture de Bobo-Dioulasso. Ces sessions ont permis à de nombreux jeunes festivaliers et apprentis comédiens de bénéficier de formations pratiques sur,
le jeu d’acteur ; la diction ; l’expression corporelle ; les techniques d’interprétation théâtrale et la maîtrise scénique. Ces ateliers avaient pour objectif de renforcer les capacités des jeunes artistes africains tout en favorisant la transmission des savoir-faire entre générations de professionnels du spectacle vivant.
Les participants ont salué l’importance de ces espaces pédagogiques qui permettent aux jeunes talents de se professionnaliser dans un contexte où les écoles spécialisées et les centres de formation artistique demeurent encore insuffisants dans plusieurs pays africains.

Une prestation gabonaise saluée par le public

Le point culminant de la participation gabonaise est intervenu le jeudi 21 mai 2026 avec la représentation théâtrale organisée à l’Espace Mandarin, un site culturel aménagé à ciel ouvert et doté de gradins métalliques sécurisés. Face à un public nombreux, les artistes gabonais ont livré une prestation saluée pour sa qualité artistique, son énergie scénique et la richesse de son expression culturelle. Cette représentation a permis de mettre en lumière le savoir-faire du théâtre gabonais et de promouvoir la créativité des artistes nationaux auprès des autres délégations africaines.
À travers cette prestation, le Gabon a démontré sa capacité à produire des œuvres théâtrales compétitives et à s’inscrire pleinement dans la dynamique culturelle continentale. Plusieurs festivaliers et responsables culturels ont d’ailleurs exprimé leur intérêt pour de futures collaborations avec les compagnies gabonaises.

Au-delà des spectacles, le FITBO 2026, a également constitué un important espace de réflexion sur les problématiques structurelles auxquelles sont confrontés les acteurs culturels africains. Le vendredi 22 mai, une grande rencontre professionnelle a réuni organisateurs de festivals, responsables culturels et directeurs de compagnies théâtrales autour d’un atelier “Be To Be” consacré au financement des festivals et à leur autonomisation. Prenant la parole au nom du Gabon, Roshina Koussou Koumba a dressé un état des lieux sans complaisance des difficultés rencontrées par les structures théâtrales gabonaises.
Elle a notamment insisté sur la faiblesse des cotisations associatives, qu’elle considère comme l’un des principaux obstacles au développement durable des fédérations et associations culturelles. Selon elle, le manque d’implication financière des membres fragilise considérablement les organisations artistiques et réduit leur crédibilité auprès des décideurs publics et des partenaires institutionnels. « Aucune structure associative ne peut fonctionner sans l’apport de ses membres », a-t-elle rappelé, déplorant le faible engagement financier observé dans le milieu culturel gabonais.

Les limites des financements internationaux

La présidente de la FEGATH a également évoqué les difficultés d’accès aux financements internationaux. Elle a expliqué que plusieurs partenaires étrangers reprochent souvent aux acteurs culturels gabonais de ne pas suffisamment solliciter les programmes de soutien existants. Cependant, un autre obstacle majeur demeure le classement du Gabon parmi les pays à revenu intermédiaire selon les critères des institutions internationales. Une classification qui conduit souvent certains bailleurs à considérer que le pays dispose déjà des ressources nécessaires pour financer seul ses projets culturels. Une perception que les acteurs culturels gabonais jugent éloignée des réalités du terrain.
Car malgré ce statut économique, de nombreuses compagnies et structures artistiques continuent de faire face à d’importantes difficultés financières pour produire des spectacles, organiser des tournées ou participer à des rencontres internationales.

Face à ces contraintes, Roshina Koussou Koumba a souligné que l’État demeure au Gabon le principal partenaire et le soutien le plus fiable pour les projets culturels structurants. Elle a notamment salué l’accompagnement du ministre chargé du Rayonnement culturel, Paul Ulrich Kessany, dont l’appui a permis à la délégation gabonaise de prendre part au FITBO 2026.
Selon elle, le ministère dispose effectivement de lignes budgétaires consacrées au financement des œuvres artistiques et à l’accompagnement des initiatives culturelles nationales. « Sans l’accompagnement du ministre Paul Ulrich Kessany, il aurait été impossible pour nous de nous retrouver ici au Palais de la Culture de Bobo-Dioulasso pour échanger avec vous », a-t-elle déclaré devant les participants.
Elle a par ailleurs estimé que les difficultés rencontrées par les acteurs culturels restent sensiblement les mêmes dans plusieurs pays africains, qu’il s’agisse du Burkina Faso, du Bénin, du Niger, de la Côte d’Ivoire, du Mali ou du Gabon.

Vers une nouvelle dynamique de coopération culturelle africaine

Les discussions ont également porté sur les partenariats, les conventions culturelles et les stratégies de sponsoring privé susceptibles de contribuer à l’autonomisation des festivals africains.
Dans un contexte marqué par les crises économiques mondiales et les restrictions budgétaires, plusieurs participants ont plaidé pour une meilleure implication du secteur privé dans le financement des industries culturelles africaines. Les échanges ont aussi permis de renforcer les liens entre compagnies théâtrales et organisateurs de festivals en vue de futures collaborations artistiques à l’échelle continentale.

En marge du festival, la délégation gabonaise a participé à plusieurs activités touristiques et découvert les principaux sites emblématiques de Bobo-Dioulasso avant de reprendre la route vers Ouagadougou puis Libreville. Au terme de cette mission, les représentants gabonais ont salué une expérience enrichissante aussi bien sur le plan artistique qu’institutionnel. Pour la Fédération Gabonaise de Théâtre, cette participation constitue une étape importante dans le rayonnement international du théâtre gabonais et dans le renforcement des relations culturelles africaines.

Le FITBO 2026, aura ainsi confirmé que le théâtre demeure un puissant outil de dialogue, de sensibilisation et de rapprochement entre les peuples africains.
À travers sa participation active et ses contributions aux réflexions stratégiques du secteur culturel, le Gabon a une nouvelle fois démontré sa volonté de prendre toute sa place dans la dynamique du rayonnement de l’art africain sur le continent et au-delà.

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