Quand la République tourne le dos à ses talents : un risque pour le Gabon

Dans la cinquième République, le rejet des élites ou des talents ne se manifeste pas toujours par une volonté explicite de les écarter. Il prend parfois la forme plus insidieuse d’un désintérêt, d’un manque de soutien, ou d’un climat général où ceux qui innovent, créent, ou résolvent des problèmes complexes se sentent invisibles, voire indésirables. Pourtant, les conséquences d’un tel rejet, qu’il soit social, politique ou économique, sont profondes et durables.

Quand un pays n’investit pas suffisamment dans l’accompagnement de ses talents, qu’ils soient entrepreneurs, chercheurs, artistes, enseignants ou ingénieurs, il freine mécaniquement sa propre capacité à innover. Dans un monde globalisé où la concurrence ne se limite plus aux frontières nationales, les cerveaux et les compétences n’hésitent pas à chercher ailleurs un terrain plus fertile.

La « fuite des cerveaux » n’est plus un mythe. Chaque année, de jeunes diplômés gabonais, mais aussi des chercheurs confirmés ou des professionnels expérimentés, partent s’installer à l’étranger. Pourquoi ? Pour trouver un environnement où leurs idées sont écoutées, où leur potentiel est valorisé, et où l’initiative privée est encouragée sans suspicion ni lourdeur administrative.

C’est le cas de notre compatriote, Sosthène Orphé Lendjedi Ibola, leader politique, ancien candidat déclaré à l’élection présidentielle d’août 2023, avant son incarcération à la prison centrale de Libreville par le pouvoir déchu à cause de ses opinions politiques. Ce dernier, se sentant oublié par la transition hier et rejeté dans la 5ème République n’a aujourd’hui rien qu’un seul désir, celui de regagner son pays d’accueil le Canada où, il vivait déjà avant de venir au Gabon dans l’espoir de servir son pays.

Doit-on laisser prospérer la fuite des cerveaux dans notre pays ? La question reste entièrement posée.

Des conséquences sociales et politiques

Au-delà des pertes économiques directes, le rejet des élites peut fracturer le tissu social. Lorsque ceux qui se battent pour réussir, souvent sans appui public, se sentent déconsidérés, la frustration s’installe. Elle peut engendrer un sentiment d’injustice, voire un désengagement civique. La méritocratie, pilier républicain, devient alors une promesse creuse.

Ce climat de défiance se retourne aussi contre les institutions. Une société qui ne reconnaît pas la valeur de ses talents crée les conditions d’un divorce croissant entre la population active et les instances politiques, nourrissant l’abstention, la radicalisation des discours, ou encore le rejet des corps intermédiaires.

Valoriser, accompagner, retenir

Le Gabon regorge de talents. Dans ses universités, ses quartiers, ses laboratoires, ses ateliers. Le rôle de l’État et au-delà, de la société civile est de leur offrir les conditions nécessaires à leur épanouissement : éducation de qualité, soutien à la recherche, allègement des freins bureaucratiques à la création d’entreprise, reconnaissance de l’excellence, quelle que soit son origine.

Valoriser les talents ne signifie pas ériger une aristocratie technocratique ou économique. Cela signifie faire confiance à ceux qui, par leur savoir, leur travail ou leur engagement, contribuent à construire le bien commun.

Ne laissons pas la République devenir un pays où les talents s’exilent, se taisent ou renoncent.

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