Après de la journée de réflexions, d’échanges et de concertations entre les pouvoirs publics, les entreprises, les partenaires techniques et financiers, les universitaires ainsi que les experts nationaux, la deuxième édition du Gabon Economic Forum (GEF 2026) s’est achevée par l’adoption d’un document stratégique majeur, la Déclaration de Libreville du secteur privé. Véritable synthèse des travaux menés au cours des huit ateliers thématiques organisés durant le forum, cette déclaration rassemble quarante recommandations destinées à servir de base aux futures réformes économiques du pays. Plus qu’une simple compilation de propositions, ce mémorandum constitue une vision portée par le secteur privé pour bâtir une économie gabonaise plus compétitive, plus attractive pour les investisseurs et davantage créatrice d’emplois. Placée sous le thème « Des entreprises fortes pour une croissance durable et une prospérité partagée », cette deuxième édition du GEF a confirmé la volonté des acteurs économiques de participer activement à la définition des politiques publiques et à l’accélération de la diversification économique du Gabon.
Le premier constat dressé par les participants est sans équivoque : le renforcement du climat des affaires passe d’abord par la restauration d’une relation de confiance entre les pouvoirs publics et le secteur privé. À cet effet, les opérateurs économiques demandent l’apurement rapide de la dette intérieure de l’État, notamment le remboursement des crédits de TVA et des arriérés liés aux marchés publics. Pour les entreprises, ces retards de paiement fragilisent leur trésorerie, limitent leur capacité d’investissement et freinent leur développement.
Les recommandations préconisent également une fiscalité plus lisible, plus stable et davantage orientée vers l’encouragement de l’investissement. Les participants souhaitent une meilleure coordination des missions de contrôle des administrations afin de limiter les contrôles multiples sur une même entreprise, ainsi que la suppression des taxes et prélèvements parafiscaux jugés peu productifs et pénalisants pour la compétitivité. La sécurité juridique des investissements constitue également une priorité. Les entreprises proposent une modernisation du système judiciaire commercial grâce à la digitalisation des procédures, la création d’un guichet numérique unique de l’investisseur, une plus grande stabilité des textes réglementaires ainsi qu’un meilleur dispositif de protection des créances commerciales.
Faire de l’investissement privé le principal moteur de la croissance
L’une des principales ambitions de la Déclaration de Libreville consiste à créer un environnement favorable à l’investissement productif. Les chefs d’entreprise estiment que les entreprises gabonaises, notamment les petites et moyennes entreprises, doivent pouvoir accéder plus facilement à la commande publique. Ils recommandent ainsi une modernisation des procédures de passation des marchés, davantage de transparence dans les appels d’offres et une meilleure prise en compte du contenu local afin que les entreprises nationales puissent pleinement bénéficier des investissements réalisés dans le pays. Les recommandations insistent également sur la nécessité de simplifier le parcours administratif des entrepreneurs. Les participants souhaitent réduire les délais de création d’entreprise, renforcer les structures d’accompagnement des PME, faciliter l’accès au financement bancaire et développer de nouveaux mécanismes de garantie destinés aux jeunes entrepreneurs.
La diaspora gabonaise est également identifiée comme un levier important de développement économique. Les participants proposent la mise en place de dispositifs spécifiques permettant de mobiliser les investissements, les compétences et les réseaux d’affaires des Gabonais établis à l’étranger. Convaincus que la compétitivité d’une économie repose avant tout sur la qualité de son capital humain, les participants ont consacré une large partie de leurs travaux à la question de la formation.
Ils recommandent un rapprochement plus étroit entre les universités, les centres de formation professionnelle et les entreprises afin que les cursus répondent davantage aux besoins réels du marché de l’emploi.
Les recommandations portent également sur le développement des compétences numériques, l’apprentissage des métiers industriels, le renforcement des formations techniques ainsi que la généralisation des stages et de l’alternance. Pour les acteurs du secteur privé, l’amélioration de la qualification de la main-d’œuvre gabonaise constitue un préalable indispensable à la réussite de la stratégie de diversification économique engagée par le pays. Les participants ont également souligné l’importance d’un système de protection sociale performant pour accompagner le développement économique. Ils proposent une réforme de la gouvernance de la CNAMGS, une meilleure sécurisation des cotisations sociales versées par les entreprises, une harmonisation des déclarations administratives ainsi qu’un règlement plus rapide des dettes sociales.
L’objectif est de renforcer la confiance entre les entreprises, les travailleurs et les organismes de protection sociale tout en améliorant la qualité des prestations offertes aux assurés.
Moderniser les infrastructures au service de la compétitivité
Les recommandations issues du septième atelier mettent en avant le rôle stratégique des infrastructures dans l’amélioration de la compétitivité du Gabon. Les participants préconisent la digitalisation des corridors logistiques afin de fluidifier les échanges commerciaux, la réduction des coûts de transport qui pèsent sur les entreprises, le développement des infrastructures structurantes grâce aux partenariats public-privé ainsi que la création d’une véritable filière nationale de production de matériaux de construction. Ces investissements permettraient de soutenir la croissance, d’améliorer l’attractivité du territoire et de renforcer l’intégration économique régionale. Au-delà des réformes immédiates, la Déclaration de Libreville appelle à l’élaboration d’un véritable programme national de croissance couvrant la période 2027-2028.
Ce programme devrait favoriser les investissements dans les secteurs à forte valeur ajoutée, améliorer les mécanismes de financement des entreprises, renforcer la compétitivité des PME, soutenir l’innovation et développer des partenariats durables entre les universités, les centres de recherche et le monde économique. Les participants considèrent que cette planification permettra d’inscrire durablement la transformation économique du Gabon dans une logique de création de richesses, d’emplois et de prospérité partagée.
Au terme des travaux, les représentants du secteur privé ont affiché leur volonté de poursuivre un dialogue constructif avec les autorités publiques. Les quarante recommandations contenues dans la Déclaration de Libreville constituent désormais un mémorandum stratégique qui sera transmis aux plus hautes autorités de l’État. Pour les organisateurs du Gabon Economie Forum, ce document marque une nouvelle étape dans la consolidation du partenariat public-privé. Il traduit la volonté commune de faire émerger un environnement économique plus attractif, fondé sur la confiance, la compétitivité, l’innovation et la bonne gouvernance. En plaçant l’entreprise au cœur de la stratégie nationale de développement, les participants espèrent voir ces recommandations se traduire rapidement en réformes concrètes, capables de stimuler l’investissement, de soutenir la croissance et de créer davantage d’opportunités pour les populations gabonaises.
La Déclaration de Libreville apparaît ainsi comme l’un des principaux acquis du GEF 2026. Au-delà des débats, elle constitue une véritable feuille de route pour accompagner les ambitions économiques du Gabon et faire du dialogue entre l’État et le secteur privé un moteur durable de la transformation nationale.